Prophéties anciennes

Sommaire

- Saint Rémi

- Saint Ange                     

- Sainte Hildegarde                 

- Sainte Brigitte                    

- Sainte Catherine de Sienne

- Saint Vincent Ferrier

- Saint François de Paule

- Nostradamus

- Saint Malachie

- La prophétie d'Orval

- La prophétie de Prémol

- Le vénérable Barthélemy Holzhauser

- Première période de l’Église - Éphèse

- Deuxième période - Smyrne

- Troisième période - Pergame

- Quatrième période - Thyatire

- Cinquième période - Sardes

- Sixième période - Philadelphie

- Sur le Grand Monarque

- Septième période - Laodicée

- Sainte Marguerite-Marie

- Dom Calliste

- Le Père Nectou

- Sœur de la Nativité

- Une religieuse inconnue

- Sœur Anne-Catherine Emmerich

- L'abbé Voclin

- Sœur Catherine Labouré

- Sainte Anna-Maria Taïgi

- Sœur Marianne

- Mère Marie de Jésus

- La religieuse de Bellay

- Sœur Marie Lataste

- Sœur Madeleine Porsat

- L'apparition de La Salette

- Le Secret

- Mélanie Calvat

- Le Père Clausi

Saint Rémi

Saint Rémi est né vers l'an 438, dans les environs de Laon. Il eut une action décisive sur les événements politiques de son temps. Il contribua à la conversion de Clovis et de ses soldats. C'est lui qui, en tant qu'Archevêque de Reims et légat pontifical, procéda au baptême de Clovis, en la nuit de Noël 496, dans sa basilique archiépiscopale.

Le pieux abbé Hincmar a raconté la cérémonie en ces termes:

Soudain, une lumière plus éclatante que le soleil inonde l'Église. Le visage de l'Évêque en est irradié. En même temps retentit une voix : La paix soit avec vous ! C'est moi ! N'ayez point peur ! Persévérez en ma dilection !»

Quand la voix eut parlé, une odeur céleste embauma l'atmosphère.

Le roi, la reine et toute l'assistance épouvantés se jetèrent aux pieds de saint Rémi qui les rassura et leur déclara que c'est le propre de Dieu d'étonner au commencement de ses visites et de réjouir à la fin.

Puis, soudain illuminé d'une vision d'avenir, la face rayonnante, l'œil en feu, le nouveau Moïse s'adressant directement à Clovis, chef du nouveau peuple de Dieu, lui tint le langage de l'ancien Moïse à l'ancien peuple de Dieu :

«Apprenez mon fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l'Église Romaine, qui est la seule véritable Église du Christ. Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes. Et il soumettra tous les autres peuples à son sceptre. Il durera jusqu'à la fin des temps. Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera fidèle à la foi romaine. Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa vocation.»

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Saint Ange

Saint Ange est issu d'une famille de juifs palestiniens convertis. Il fut religieux de l'ordre des Carmes. Il mourut martyr en 1125. Deux ans après sa mort, sa biographie fut écrite par un témoin de sa vie. Le texte que nous citons est extrait du chapitre XV de cette biographie. L'auteur y raconte une vision qu'eut saint Ange et au cours de laquelle Jésus adressa la parole au voyant ; quand il eut parlé, il disparut dans une nuée éblouissante.

Saint Ange demanda à Jésus quand il délivrerait Jérusalem du joug des Musulmans. Jésus lui répondit :

«Un roi s'élèvera finalement de l'antique race des rois de France, d'une insigne piété envers Dieu.

Il sera honoré par les princes chrétiens et dévoués à la foi orthodoxe ; il sera aimé d'eux et sa puissance s'étendra au loin sur la terre et sur la mer.

Alors, l'Église étant comme retirée d'une certaine destruction, ce roi s'unira au Pontife Romain et le soutiendra.

L'erreur sera détruite parmi les chrétiens.

L'Église sera rendue à l'état que les bons ont choisi pour elle.

Il enverra une armée à laquelle s'uniront spontanément de nombreux guerriers, s'élançant au combat pour l'amour de mon nom ; et l'amour de la Croix qui les transportera, leur obtiendra des trophées dont l'éclat s'élèvera jusqu'au ciel.

Le Monarque passera les mers et rendra à l'Église les contrées perdues par elle.»

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Sainte Hildegarde

Sainte Hildegarde naquit dans les premiers jours du XIIème siècle, sous le règne finissant de Philippe 1er, le quatrième capétien.

Pour bien situer l'époque à laquelle elle appartient, il faut savoir que quinze années avant sa naissance, l'Angleterre fut conquise par Guillaume, duc de Normandie et que la première croisade fut prêchée à Clermont cinq ans avant qu'elle vînt au monde. C'est sous le règne actif et énergique de Louis VI le Gros que s'écoula sa jeunesse.

Née dans le diocèse de Mayence, c'est près de Bingen, sur les bords du Rhin, qu'elle fonda le monastère des Bénédictines de saint Rupert. On a d'elle deux traités : La Connaissance des Voies du Seigneur et le Livre des Œuvres divines. On a conservé aussi les lettres qu'elle adressait aux grands personnages de son époque. Elle fut favorisée par de nombreuses visions et par des révélations privées dont le pape Eugène III l'autorisa à publier le récit. Elle mourut en 1178, deux ans avant f avènement de Philippe Auguste.

Il faut connaître d'elle une série de données prophétiques et mystiques prises dans f ensemble de ses œuvres :

Lorsque la crainte de Dieu sera tout à fait délaissée, des guerres atroces et cruelles surgiront à l’envi, une foule de personnes seront immolées et bien des cités se changeront en monceaux de ruines.

Mais quand la société aura été enfin complètement purifiée par ces tribulations, les hommes se rangeront sous les lois de l'Église.

A ce moment de rénovation, la justice et la paix seront établies par des décrets si nouveaux et si peu attendus, que les peuples, ravis d'admiration, confesseront hautement que rien de semblable ne s'était vu jusque-là.

Cette paix du monde, avant les derniers temps, figurée par celle qui précéda le premier avènement du Fils de Dieu, sera néanmoins contenue : l'approche du dernier jour empêchera les hommes de se livrer complètement à leur joie.

Les juifs se joindront aux chrétiens.

En ces jours de bénédictions, s'épancheront sur la terre les plus douces nuées ; elles la couvriront de verdure et de fruits, parce que les hommes s'adonneront alors à toutes les œuvres de justice, tandis que, dans les jours précédents, si désolés par les mœurs efféminées du monde, les éléments, violentés par les péchés des hommes, auront été dans l'impuissance de rien produire de bon.

Les princes rivaliseront de zèle avec leur peuple pour faire régner partout la loi de Dieu. Ils interdiront l'usage des armes de guerre.

Les juifs et les hérétiques ne mettront pas de bornes à leurs transports. «Enfin, s'écrieront-ils, l'heure de notre propre justification est venue, les livres de l'erreur sont tombés sous nos pieds.»

La foule des fidèles sera notablement accrue par des flots de païens.

Dieu a mis six jours à faire ses œuvres, et il s'est reposé le septième jour. Ces six jours représentent les six premiers âges du monde.

Maintenant, le monde se trouve au septième âge, qui sera suivi des derniers jours.

Mon Fils est venu au monde après les cinq premiers âges, et lorsque le monde était déjà presque vers son déclin.

Le fils de perdition qui régnera très peu de temps, viendra dans les derniers jours.

Après avoir passé une jeunesse licencieuse au milieu des hommes très pervers et dans un désert où elle aura été conduite par un démon déguisé en ange de lumière, la mère du fils de perdition, le concevra et l'enfantera.

Le fils de perdition est cette bête très méchante (comme saint Jean l'appelle dans l'Apocalypse) qui fera mourir ceux qui refuseront de croire en lui, qui s'associera les rois, les princes, les grands et les riches, qui méprisera l'humilité et n'estimera que l'orgueil, qui enfin, subjuguera l'univers entier par des moyens diaboliques.

Il paraîtra agiter l'air, faire descendre le feu du ciel, produire des éclairs, le tonnerre et la grêle, renverser les montagnes, dessécher les fleuves, dépouiller la verdure des arbres, des forêts et la leur rendre ensuite.

Il paraîtra aussi rendre les hommes malades, guérir les infirmes, chasser les démons, et quelquefois ressusciter les morts, faisant qu'un cadavre remue comme s'il était en vie. Cependant, cette espèce de résurrection ne durera jamais au-delà d'une petite heure pour que la gloire de Dieu n'en souffre pas.

Il gagnera beaucoup de peuples en leur disant : «Vous pouvez faire tout ce qu'il vous plaira, renoncez au jeûne, il suffit que vous m'aimiez moi qui suis votre Dieu.»

II leur montrera des trésors et des richesses et il permettra de se livrer à toutes sortes de festins, comme ils le voudront. Il les obligera de pratiquer la circoncision et plusieurs observances judaïques en leur disant : «Celui qui croira en moi, recevra le pardon de ses péchés et vivra avec moi éternellement.»

II rejettera le baptême et l'évangile et il tournera en dérision tous les préceptes que l'Église a donnés aux hommes de ma part.

Ensuite, il dira à ses partisans : «Frappez-moi avec un glaive et placez mon corps dans un linceul sans tache jusqu'au jour de ma résurrection.» On croira lui avoir réellement donné la mort et, de son côté, il fera semblant de ressusciter, après quoi il commandera à ses serviteurs de l'adorer.

Quant à ceux qui, par amour pour mon Nom, refuseront de rendre cette adoration sacrilège au fils de perdition, il les fera mourir au milieu des plus grands tourments.

Mais j'enverrai mes deux témoins Hénoch et Élie, que j'ai réservés pour ce temps-là. Leur mission sera de combattre cet homme de mal et de ramener, dans la voie de la vérité, ceux qu'il aura séduits. Ils auront la vertu d'opérer les miracles les plus éclatants dans tous les lieux où le fils de perdition aura répandu ses mauvaises doctrines.

Cependant, je permettrai que ce méchant les fasse mourir et je leur donnerai dans le ciel la récompense de leurs travaux.

Quand le fils de perdition aura accompli tous ses desseins, il rassemblera ses croyants et leur dira qu'il veut monter au ciel. Au moment même de cette ascension, un coup de foudre le terrassera et le fera mourir.

D'un autre côté, la montagne où il se sera établi pour opérer son ascension, sera à l'instant couverte d'une nuée, qui répandra une corruption insupportable et vraiment infernale, ce qui, à la vue de son cadavre couvert de pourriture, ouvrira les yeux à un grand nombre de personnes et leur fera avouer leur misérable erreur.

Après la triste défaite du fils de perdition, l'épouse de mon Fils, qui est l'Église, brillera d'une gloire sans égale et les victimes de l'erreur s'empresseront de rentrer dans le bercail.

Quant à savoir quel jour, après la chute de l'Antéchrist, le monde devra finir, l'homme ne doit pas chercher à le connaître, il ne pourrait y parvenir. Le Père s'en est réservé le secret.

O Hommes, préparez-vous au jugement !

Sainte Hildegarde a expliqué elle-même le mécanisme de ses visions. Voici comment elle s'exprime :

Depuis mon enfance jusqu'au temps présent où je suis âgée de plus de soixante-dix ans, je vois toujours cette lumière, dans mon âme, et je ne la perçois ni par les yeux, ni par le corps, ni par les pensées du cœur, ni par aucune action de mes cinq sens extérieurs, mes yeux cependant restant ouverts, et les autres sens corporels conservant leur activité.

Cette lumière que je sens n'est pas locale, mais infiniment plus éclatante que celle du soleil, et je ne saurais en considérer ni la hauteur, ni la longueur, ni la largeur. Elle m'est nommée l'ombre de la lumière vivante. Et de même que le soleil, la lune et les étoiles se réfléchissent dans l'eau, de même les écrits, les discours, les vertus et les œuvres des hommes réapparaissent dans cette lumière.

Tout ce que je vois ou apprends de la sorte, j'en conserve la mémoire pendant longtemps. Je vois, j'entends et je sais tout avec ensemble ; et ce que je sais, je l'apprends en un instant. Mais ce que je ne sais pas, je l'ignore, car je suis presque ignorante. Et quant à ce que j'écris de cette vision, je ne mets pas d'autres paroles que celles que j'entends, employant des mots latins non limés. Je n'entends pas les paroles comme des sons que forme la bouche humaine, mais comme une flamme étincelante ou comme un nuage qui glisse sur un ciel pur. Je ne puis pas plus connaître la forme de cette lumière que je ne puis parfaitement observer la sphère du soleil.

Toutefois j'aperçois, de temps en temps, dans cette lumière (lumen), une autre lumière (lux) qui m'est nommée la lumière vivante. Mais celle-ci, je ne la vois pas fréquemment. Lorsque je la contemple, je perds le souvenir de toute tristesse et de toute douleur ; alors j'ai la candeur d'un enfant et non les sentiments d'une femme déjà âgée.

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Sainte Brigitte

Sainte Brigitte est née en 1302. Elle est morte à Rome en 1373. Elle était, selon les uns, de la famille des Brahé, et selon les autres, fille de Ériger, prince du sang royal de Suède et sénéchal d'Upland. Devenue veuve, elle fonda, vers 1363, l'abbaye de Wadstena, près de Linkœping dans la partie méridionale de la Suède. Son ordre du saint Sauveur, qui suivait la règle de saint Augustin, fut approuvé par Urbain V, et se répandit dans les Flandres, en Italie et au Portugal. Il comprenait des hommes et des femmes, mais l'abbesse avait autorité sur tous. Sur une vision qu'elle eut, elle fit le voyage de Palestine.

Les Révélations de sainte Brigitte, rédigées par le moine Pierre, prieur d'Alvastre et imprimées à Rome en 1455, furent traduites en français et réimprimées à Lyon en 1536. Gerson, de l'université de Paris, les avait attaquées. Mais le concile de Baie en autorisa l'impression.

A la naissance de sainte Brigitte, un saint prêtre entendit une voix du ciel lui dire : «Un enfant vient de naître, dont la voix merveilleuse se fera entendre dans le monde entier.» Elle fut canonisée par Boniface IX et par le concile de Constance.

... Quant aux Grecs qui rejettent le joug de l'Église de Rome, ils demeureront toujours sous le joug de leurs ennemis, jusqu'à ce qu'ils viennent se soumettre à l'Église et à la foi romaine.

Il viendra un temps où les païens convertis donneront de tels exemples de dévotion que les chrétiens seront en quelque sorte leurs serviteurs dans la vie spirituelle ; alors s'accomplira ce que disent les saintes Écritures, que je serai glorifié par la foule de ceux qui ne me connaissaient pas jusque-là.

A la fin de cet âge, l'Antéchrist naîtra. De même que les enfants de Dieu viennent au monde de parents fidèles, ainsi l'Antéchrist naîtra d'une femme maudite, mais feignant la sainteté, et d'un homme maudit, desquels le démon formera son œuvre avec Ma permission. Mais la venue de l'Antéchrist n'aura pas lieu au temps indiqué par ce frère dont tu as les écrits sous les yeux. Elle aura lieu au temps qui m'est connu, alors que l'iniquité abondera outre mesure et que l'impiété aura pris un immense développement. Sache donc, qu'avant la venue de l'Antéchrist, la porte de la foi sera ouverte à plusieurs peuples infidèles.

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Sainte Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne est née en 1347, d'une famille de riches artisans. Elle entra en 1367 dans le Tiers-Ordre de saint Dominique. Sa charité, ses austérités, ses extases, les révélations privées dont elle fut favorisée et son éloquence naturelle, la rendirent bientôt célèbre, et opérèrent des conversions nombreuses.

Elle fut mêlée aux querelles des Guelfes et des Gibelins. Elle détermina Grégoire XI à quitter le séjour d'Avignon.

Elle mourut en 1380 et fut canonisée par Pie II en 1461.

Sainte Catherine de Sienne a laissé des écrits, dont la meilleure édition date des premières années du XVIIIème siècle. On y trouve des poésies, des oraisons, des lettres, ainsi que l'exposé de ses révélations. L'élégance et la pureté de son style la font mettre au rang des classiques italiens.

Quand ces tribulations seront passées, Dieu purifiera la sainte Église par un moyen qui échappe à toute prévision humaine, et il y aura, après ces choses, une réforme si parfaite de la sainte Église de Dieu, et un si heureux renouvellement des saints pasteurs, qu'en y pensant, mon esprit tressaille dans le Seigneur.

Les nations étrangères à l'Église se convertiront au véritable pasteur.

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Saint Vincent Ferrier

Saint Vincent Ferrier était Espagnol. Son nom de Ferrer a été francisé en Ferrier. Il a beaucoup prêché dans l'ouest de la France mais aussi en Espagne. Il est né en 1350. C'était un thaumaturge tout à fait extraordinaire. Il a vécu au temps de Jeanne d'Arc puisqu'il est mort en 1419, dix ans avant le sacre de Charles VII à Reims (1429).

Toute la prédication de saint Vincent Ferrier, tant en France qu'en Espagne, fut axée sur l'idée de l'approche de la fin des temps. C'était un de ses principaux thèmes et comme sa spiritualité. On dit de lui qu'il a «ouvert la période de la fin des temps». Voici un passage prophétique tiré d'un sermon qu'il a prononcé à Barcelone le 13 septembre 1403 :

L'Église pleurera... C'est encore loin pour l'instant, mais cela arrivera indubitablement, à peu près au temps où les hommes se proclameront rois ; mais leurs jours seront de courte durée.

Vous verrez un signe, mais vous ne le reconnaîtrez pas. Sachez seulement qu'à cette époque les femmes se vêtiront comme les hommes et se comporteront selon leur bon plaisir. Et les hommes s'habilleront comme les femmes.

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Saint François de Paule

Saint François de Paule est le fondateur de l'Ordre des Minimes. Il naquit à Paule, en Calabre, en 1416. Tout jeune encore, sa réputation de grande piété lui attira de nombreux disciples. Il devint, dès 1438, le chef d'un nouvel ordre appelé Les Ermites de Saint-François du nom de saint François d'Assise, pour lequel il avait une dévotion particulière. Le Pape Sixte IV l'en nomma supérieur général et changea le nom (f Ermites de Saint-François en celui de Minimes plus conforme à l'humilité qui était la base de cette institution. Le bruit des guérisons miraculeuses qu'il opérait parvint jusqu'en France. Louis XI le fit mander auprès de lui. Comme il hésitait, le Pape lui enjoignit d'accepter. Il demeura à la Cour de France jusqu'à sa mort et jouit même d'un grand crédit auprès de Charles VIII et de Louis XII. Il mourut en 1507, au couvent de Plessis-lès-Tours. Il fut canonisé par Léon X en 1519, douze ans seulement après sa mort.

De par la vertu du Très-Haut, le grand monarque anéantira les hérétiques et les incroyants. Il disposera d'une grande armée et les anges combattront à ses côtés. Il exterminera tous ceux qui se rebellent contre Dieu. Il sera comme un soleil au milieu des étoiles, et il exercera son empire sur le monde.

Dans une lettre que saint François de Paule écrivit, le 13 août 1469 à Simon de Limena, duc de Montalte, on lit encore:

«Il y aura sur la terre, en tout, douze rois, un empereur et un Pape, avec quelques princes, et tous mèneront une vie sainte.»

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Nostradamus

Le modèle des «montages prophétiques» de la Renaissance est sans conteste l'œuvre de Nostradamus. Cet illustre écrivain a rendu son texte absolument incompréhensible par deux procédés dont les effets s'additionnent. D'abord il emploie une terminologie recherchée, inusitée même de son temps, qui fait de ses strophes autant de rébus. Mais aussi il les a mélangés en désordre afin de brouiller leur succession chronologique. Pour rétablir l'ordre chronologique, il faudrait retrouver la clef qui a servi au brouillage, à supposer qu'il y ait une clef, ce qui n'est pas évident. Il est très possible que le mélange des quatrains ait été fait purement au hasard. Toute clef, tout système de brouillage est resté jusqu'ici introuvable.

A part quelques quatrains restés célèbres, on n'a jamais rien pu tirer de bon de Nostradamus. Voici le passage que ton cite toujours comme exemple de prédiction réussie.

De nuict viendra par la forêt de Reines

Deux pars voltorte Herne la pierre blanche

Le moine noir en gris dedans Varennes

Esleu cap cause tempeste, feu, sang, tranche.

Il s'agit, on l'a compris, de l'arrestation de Louis XVI à Varennes. On ne peut pas nier, en effet, que le nom de la localité ne soit dans le quatrain. Le reste peut aussi, avec un peu de bonne volonté, s'accorder aux détails de l'épisode historique.

Il faut aussi rendre à Nostradamus cette justice qu'il a prévu «le Commun Advenement», c'est-à-dire la République et la souveraineté populaire, mais il n'est pas le seul. Comme beaucoup d'autres prophètes aussi il a prévu la condamnation à mort et l'exécution du roi, bien que dans des termes fort alambiqués. On peut aussi deviner, à tâtons, que certains quatrains sont consacrés à la restauration de la royauté et au Grand Monarque, mais dans un contexte tellement problématique que fon a plus vite fait de recourir à des textes où tout cela est exposé en clair.

L'œuvre de Nostradamus est un labyrinthe qui fascine par le mystère et par la magie des mots, mais elle est loin de valoir la plus humble des prophéties authentiquement divine. Elle pose plus de problèmes qu'elle n'en résout. Bref nous n'avons pas voulu faire figurer Nostradamus dans notre recueil. C'était d'autant moins nécessaire que les célèbres quatrains prophétiques sont loin d'avoir une origine surnaturelle. On s'accorde en général pour estimer qu'ils sont le fruit d'un don naturel de voyance complété par un gros labeur d'astrologie.

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Saint Malachie

Nous avons également éliminé la prophétie dite de saint Malachie, laquelle est pourtant très favorablement connue. Il faut donc que nous donnions nos raisons.

Saint Malachie ne doit pas être confondu avec le prophète Malachie qui est l'un des douze petits Prophètes de l'Ancien Testament. Le saint Malachie qui est fauteur présumé de la «Prophétie des Papes» était irlandais. Il est né en 1094, donc à la fin du XIème siècle. Il fut Archevêque d'Armagh, en Irlande. Il fit le voyage de Rome pour les besoins de son Église et, sur le chemin du retour, il mourut à Clairvaux, en 1148, entre les bras de saint Bernard dont il était l'ami depuis longtemps. Saint Malachie passait pour avoir des dons prophétiques. On possède quelques-unes des lettres que saint Bernard lui a écrites.

Quant à la prophétie qu'on lui attribue, dite «Prophétie des Papes», elle n'a été publiée pour la première fois qu'en 1594, à Venise, en annexe à l'ouvrage du bénédictin Arnold Wion intitulé «Lignum Vitae» (L'Arbre de Vie). Cette prophétie serait donc restée totalement inconnue pendant quatre cent cinquante ans, durant lesquels personne n'en a parlé, même pas saint Bernard qui aurait cependant dû la connaître si elle avait vraiment saint Malachie pour auteur.

Tous les commentateurs sans exception, tous les dictionnaires que l'on peut consulter sont unanimes à déclarer que la «Prophétie des Papes» date, en réalité, de la fin de la Renaissance et qu'elle constitue un document apocryphe. E resterait donc à découvrir quel est le véritable auteur de la prophétie, auquel il faudrait bien donner le nom de «pseudo-Malachie».

Matériellement la «prophétie de saint Malachie» se présente comme une simple liste de 111 locutions latines dites aussi «devises malachiques». Chaque locution concerne un seul pape. Elles sont disposées dans l'ordre chronologique, sans chevauchement. La première est celle-ci : «Ex Castro Tiberis» ; elle désigne Célestin II qui fut Pape de 1143 à 1144. Tel est le point de départ de la liste malachique.

Jusqu'en 1590, c'est-à-dire jusqu'au pontificat de Sixte-Quint inclusivement, les locutions malachiques font allusion soit aux armoiries des Papes, soit à leurs localités d'origine, soit à leurs titres cardinalices, soit à leurs noms patronymiques, mais elles ne constituent pas des formules lapidaires résumant leurs pontificats. Il faut reconnaître que, jusqu'à cette date, les devises s'appliquent avec une grande exactitude aux personnages qu'elles prétendent désigner. Une telle exactitude s'explique puisqu'au cours de cette période, le pseudo-Malachie opérait sur des Papes historiques faciles à désigner en deux ou trois mots.

Mais à partir de 1595, c'est-à-dire après la publication de la prophétie par dom Wion, les devises deviennent beaucoup plus vagues. Et les interprètes ont dû dépenser des trésors d'imagination, mais aussi d'érudition, pour mettre en évidence une correspondance en général peu convaincante. Néanmoins on ne peut pas nier que certains de ces jalons tombent juste. Pour le prouver, on cite toujours les mêmes exemples car il y en a peu :

- Peregrinus apostolicus, qui désigne Pie VI, lequel fut en effet pourchassé par Napoléon 1er et mourut à Valence.

- Aquila Rapax, pour Pie VII qui eut lui aussi à souffrir de Napoléon, cet aigle rapace.

- Crux de Cruce, pour Pie IX qui, pour sa part, a supporté la croix de l'exil à lui infligée par la croix de Savoie.

- Lumen in Cœlo, Léon XIII qui portait dans ses armes une comète.

- Religio Depopulata, Benoît XV qui a régné pendant la guerre si meurtrière de 1914-1918.

Il faut reconnaître qu'il y a là une heureuse série qui a beaucoup impressionné notre génération et la précédente. Mais il faut voir aussi qu'elle est entourée par un ensemble de devises qui sont éminemment ternes et interchangeables.

Si l'on suit l'ordre de la liste, le Pape Jean-Paul II répond à la devise De Labore solis (du travail du soleil). Après lui, il n'y a plus que deux papes prévus : celui qui portera la cent-onzième locution De Gloria Olivae (De la gloire de l'olive) puis celui qui est désigné par la fameuse formule Petrus Romanus laquelle est incluse dans le paragraphe final : «Durant la dernière persécution de la sainte Eglise romaine, siégera Pierre Romain qui paîtra les brebis au milieu de maintes tribulations ; après lesquelles la cité aux sept collines sera détruite et le Juge redoutable jugera son peuple.» Ainsi se termine la prophétie dite de saint Malachie.

Les travaux d'érudition qui ont ce document pour objet sont très nombreux. Ils le considèrent unanimement comme apocryphe. C'est un texte qui a été confectionné dans les dernières années du XVIème siècle. Mais alors quel est le véritable auteur de cette énigmatique vaticination ? Qui est le pseudo-Malachie ?

Les avis sont partagés. Les uns désignent dom Wion lui-même, le premier éditeur. Les autres lui préfèrent Ciacconius, le dominicain qui a composé les brefs commentaires accompagnant les devises antérieures à 1590 ; ces commentaires, qui figurent dans la première édition, concernent des Papes appartenant au passé ; ils n'ont dès lors aucune prétention prophétique et sont seulement d'ordre historique. Certains pensent que ce Ciacconius pourrait être l'auteur du document malachique.

Et maintenant quel a pu être le mobile de la fraude ? Nous ne pouvons pas entrer ici dans des détails, très pittoresques à"ailleurs, qui nous entraîneraient trop loin. On pense en général qu'il s'agissait d'influencer un conclave afin d'obtenir l'élection d'un certain personnage ; et pour y parvenir on a désigné le candidat souhaité en l'incorporant à une liste de saints pontifes divinement annoncés par l'antique saint Malachie, ami de saint Bernard ; on ne pouvait pas placer le candidat sous un meilleur patronage.

Après tout ce que nous venons de voir, il apparaît nettement que la prophétie dite de saint Malachie est à classer parmi les compositions prophétiques de la Renaissance. Elle en présente tous les caractères. Nous t'avons donc éliminée comme ses consœurs de cette époque, réservant notre recueil aux documents issus de la seule révélation privée.

Mais nous la tenons à l'écart aussi pour une autre raison qui demande quelques éclaircissements. Le pseudo-Malachie était certes un faussaire mais il faut savoir lui reconnaître deux qualités.

Premièrement, il possédait un incontestable don naturel de voyance dans l'avenir. Au milieu d'une foule de devises parfaitement «passe-partout» comme, Gens perversa, Montium custos, De flumine magno, Penitentia gloriosa, Flores circumdati, De bona religione, Miles in bello, Vir religiosus, Ignis ardens, Fides intrepida, Pastor et nauta, qui peuvent s'appliquer à n'importe quel pape, il a planté quelques jalons qui tombent fort juste. S'il a usé de grisaille partout où il n'était pas sûr de lui, il a cependant réussi quelques coups de sonde dans l'avenir qui sont très heureux. Nous les avons énumérés plus haut.

Deuxièmement, sa composition prophétique reste fidèle au schéma général de la prophétie chrétienne, tout au moins dans ses grandes lignes, à savoir : une série croissante de tribulations, la tiédeur de la foi dans les derniers temps, l’apparition de l'Antéchrist, puis l'avènement du «Juste Juge». C'est ce schéma qui reparaît dans le paragraphe final de sa prophétie.

Ces deux caractères de bon aloi expliquent la popularité de la prophétie des Papes chez beaucoup de catholiques. Mais cette popularité n'est pas sans danger pour l'appréciation sereine de l'avenir. Nous avons beaucoup trop tendance à considérer la succession des devises papales comme un canevas rigide, comme une grille obligatoire et presque fatidique en dehors de laquelle rien n'est possible. Beaucoup ont pris l'habitude de s'imaginer qu'après Jean-Paul II, l'Église n'aura plus que deux papes : De Gloria Olivae et Petrus Romanus. - Mais rien n'est moins certain. - N'oublions pas le caractère apocryphe de ce document et n'y attachons pas plus d'importance qu'il n'en requiert.

La composition malachique oublie un épisode très important de la vie future de l'Église. Elle ne met nullement en évidence une notion prophétique pourtant habituelle dans la révélation privée, celle du «Grand Pape» (contemporain du «Grand Monarque»). Par conséquent elle ruine et dessèche l'espérance en la restauration de l'Église de Rome qui est si réconfortante aujourd'hui pour les âmes catholiques écorchées vives. On comprend pourquoi nous n'avons pas voulu nous en encombrer. (R. 30 et 31)

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La prophétie d'Orval

La prophétie d'Orval est ainsi appelée du nom de l'abbaye d'Orval dans le Luxembourg. Cette abbaye cistercienne a été détruite par l'armée révolutionnaire française en 1793. La «prophétie d'Orval» était connue, à l'abbaye et dans ses environs, avant la Révolution de 1789 ; les copies les plus anciennes datent de 1792. Mais le texte, par son style, remonte manifestement au XVIème siècle ; il constitue, lui aussi, une synthèse prophétique ; il conserve les grandes lignes chrétiennes que nous connaissons bien maintenant.

La prophétie d'Orval annonce des révolutions et des guerres, puis une restauration monarchique qui doit précéder la venue de l'Antéchrist. Les changements de gouvernement sont marqués dans le texte par l'expression «Dieu seul est grand». A propos du Monarque, le document d'Orval répète fréquemment la formule que l'on trouve, pour la même désignation, dans la prophétie de Maître Olivarius : «le vieux sang de la Cap.» ou «le rejeton de la Cap.»

C'est un document certes intéressant mais on y trouve des artifices de composition. C'est donc un «montage prophétique», d'ailleurs basé sur des données dont la plupart sont excellentes. Mais enfin c'est une synthèse humaine. Aussi ne l'avons-nous pas incorporé dans notre recueil.

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La prophétie de Prémol

Le couvent de Prémol est situé au diocèse de Grenoble, non loin d’Uriage. Les affaires de ce couvent étaient gérées, avant la Révolution, par un notaire attitré. En 1783, le vieux notaire n'étant déjà plus en fonction, on trouva, parmi ses papiers, une prophétie écrite de sa main sans aucune explication, et oubliée dans une caisse du grenier. Une copie, certifiée conforme par les conseillers municipaux de Vaulveneys (Isère), fut établie en 1851. C'est tout ce que l'on sait sur l'origine de la «prophétie de Prémol».

Elle, encore, est une synthèse très élaborée. L'auteur puise dans le vieux fond prédictionnel dans lequel tous les compilateurs prophétiques vont chercher leurs éléments. A-t-il eu des dons naturels ou surnaturels de voyance ? La prophétie se présente comme étant le fruit d'une vision ; mais cette prétention semble bien être seulement un artifice d'exposition.

Des éléments qu'il a collectés, Fauteur tire une composition majestueuse, très fascinante, mais aussi très difficile à interpréter. Il s'attache à établir des divisions nettes entre les événements qu'il annonce, essayant de les dater autant qu'il le peut, mais en codifiant les dates. Ce grand souci chronologique prouverait qu'il a beaucoup usé de l'astrologie. Or nous savons le cas qu'il faut faire de la chronologie en matière prophétique : «Dieu ne mesure pas le temps comme nous.» Bref, ne trouvant pas, dans ce document, qui reste fort énigmatique, les caractères essentiels de la prophétie privée, nous l'avons éliminé lui aussi.

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Le vénérable Barthélemy Holzhauser

Barthélemy Holzhauser est né en 1613 à Langnau près d’"Augsbourg. Son père était cordonnier. Après ses premières études, il alla faire sa philosophie au collège des Jésuites d'Ingolstadt. Puis, il entra dans les ordres et devint curé de Tittmoningen où il fonda un séminaire pour former des prêtres ; il établit, entre ses séminaristes, la vie commune des temps apostoliques. Après un séjour dans le Tyrol, il devint curé de Bingen, la ville de sainte Hildegarde. Il a joué en Allemagne le rôle de réformateur du clergé qu'à la même époque, M. Olier jouait en France. Il mourut en 1658. Il était âgé de quarante-cinq ans seulement.

Il se rendit célèbre par ses commentaires de l’Apocalypse. Il indiqua dans quelles conditions psychologiques il les avait écrits : «Je ne pouvais écrire mes commentaires que comme un enfant dont on dirige la main.» On lui demanda plus tard pourquoi il ne les avait pas achevés et il répondit : «Je ne peux plus les continuer, car je n'ai plus l'esprit avec lequel je les ai commencés.» L'Esprit-Saint ne l'inspirait plus.

Les lignes prophétiques et mystiques que nous allons citer, sont tirées de l'ensemble de ses œuvres et plus particulièrement de son «Interprétation de l'Apocalypse». Ses commentaires ont pour fondement la division de l'histoire de l'Église en sept périodes qu'il ne faut pas confondre avec les sept âges du monde dont parle sainte Hildegarde.

Les sept Églises auxquelles saint Jean s'adresse sont, comme on l'a dit, le type sous lequel sont décrites les sept périodes de l'Église catholique à venir. C'est, en effet, à dessein que saint Jean ajoute : «Et je me tournai... et je vis sept candélabres...»

C'est-à-dire, sept états à venir de l'Église. C'est à ces périodes que se rapportent les sept jours du Seigneur quand il a créé le monde. Ces sept périodes se rapportent aussi aux sept esprits ou dons du Seigneur envoyés au jour de la Pentecôte sur toute chair. Car, de même que le Seigneur notre Dieu a renfermé le cours de toutes les générations et des choses naturelles en sept jours et sept époques ; de même aussi, il consommera la régénération dans sept périodes de l'Église dans chacune desquelles il répandra, fera germer et fleurir de nouveaux genres de grâce dans le but principal de montrer les richesses de sa gloire. En effet, bien que l'Église de Jésus-Christ soit une, on la divise cependant en sept périodes à cause des grands événements qui se succédèrent en elle, dans les différents temps, jusqu'à la consommation des siècles, par la permission divine.

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Première période de l’Église - Éphèse

«Écris à l'ange de l'Église d'Éphèse : voici ce que dit Celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, Celui qui marche au milieu des sept chandeliers d'or.» (Apoc. 2, 7)

La première période est celle de l'ensemencement. C'est celle pendant laquelle la droite de Dieu planta sa vigne par le Fils de l'homme Jésus-Christ.

«Mon Père est vigneron.» (Jo. 15, 7)

Cette période comprend le temps qui s'écoula depuis Jésus-Christ et les apôtres jusqu'à Néron, le premier persécuteur de l'Église et saint Lin, son Souverain Pontife. C'est dans cette première période que le démon fut vaincu dans les idoles et que les hommes passèrent des ténèbres du paganisme à la lumière et à la vérité de la foi. Car la lumière de la sagesse éternelle vint dans le monde et éclaira les esprits des hommes par son Fils Jésus-Christ et par les apôtres qu'il choisit dans ce but.

Le premier jour de la création fut la figure de cette première période de l'Église ; lorsque l'esprit du Seigneur reposait sur les eaux, et que Dieu créa la lumière et la sépara des ténèbres.

Un autre type de cette première période fut aussi la première époque du monde depuis Adam jusqu'à Noé. Car, c'est dans cette première époque qu'Abel fut tué par Caïn et que Seth fut substitué à ce premier ; et par là, la génération fratricide de Caïn fut séparée de la génération des enfants de Dieu. Cette première époque du monde fut, de plus, le temps de la génération et de la propagation de la race humaine selon la chair. Or, nous trouvons dans la première période de l'Église, la réalisation de ces figures : car le Christ fut mis à mort par la synagogue, et la synagogue fut ainsi séparée du Fils de Dieu ; et à sa place, fut substituée la sainte Église, selon la promesse en Jésus-Christ. En outre, cette première période fut aussi le temps où se fit la régénération et la propagation du genre humain selon l'Esprit, par Jésus-Christ, le père commun de tous et dont Adam était la figure.

Enfin le type de cette période fut l'Église d'Éphèse. Car le mot Éphèse veut dire à la fois : «conseil», «ma volonté» et «grande chute». Or, ces trois interprétations différentes conviennent à la première période de l'Église. Car les apôtres et les premiers chrétiens étaient très saints, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme, accomplissant la volonté du Père et de son Christ. Ces grands saints se mirent aussitôt à observer les conseils évangéliques de pauvreté, d'humilité, d'obéissance, de continence et de mépris de toutes choses mondaines. La dissémination de l'Évangile fut ainsi l'occasion d'une grande chute et de la ruine de cette synagogue, qui fut rejetée de la face de Dieu dans les ténèbres extérieures ; et c'est ainsi que la naissance de l'Église fut la mort de la synagogue...

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Deuxième période - Smyrne

Cette deuxième période est celle des martyrs.

«Écris aussi à l'ange de l'Église de Smyrne : voici ce que dit celui qui est le premier et le dernier, qui a été mort et qui est vivant : «Je sais ton affliction et ta pauvreté ; mais tu es riche et tu es calomniée par ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais qui forment la synagogue de Satan. Ne crains rien de ce que tu auras à souffrir. Le démon mettra bientôt quelques-uns de vous en prison, afin que vous soyez éprouvés, et vous aurez à souffrir pendant dix jours. Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. Que celui qui a des oreilles écoute ce que l'esprit dit aux Églises : celui qui sera victorieux ne souffrira rien de la seconde mort.» (Apoc. 2, 8-11)

La seconde période de l'Église est appelée la période d'irrigation. Car l'Église du Seigneur est une vigne qui nourrit autant de branches qu'elle produit de saints. Cette vigne, plantée dans la première période par Jésus-Christ et les apôtres, fut arrosée, dans la seconde, par le torrent du sang des martyrs, qui était comme une fontaine sortant de terre et arrosant toute la surface de l'Église. Cette effusion du sang des chrétiens dura dix jours ; c'est-à-dire pendant les dix règnes des principaux tyrans de la terre, que le démon suscita contre la chrétienté, s'efforçant de faire disparaître et d'éteindre par ce moyen, la foi de Jésus-Christ, qu'il n'avait pas pu empêcher par la jalousie des Juifs. C'est à cette période de l'Église que se rapporte la parabole de saint Jean : «Si le grain de blé ne meurt pas après qu'on l'a jeté en terre, il demeure seul : mais, quand il est mort, il porte beaucoup de fruits.» (Jo. 12, 24).

C'est encore à cette période que se rapporte ce passage du psaume : «Il boira dans le chemin de l'eau du torrent ; c'est pourquoi il lèvera la tête.» (Ps. 109, S).

C'est à cette période que s'applique le second esprit ou don du Seigneur : l'esprit de force et de patience invincible dans les difficultés et les adversités.

Cette seconde période est aussi figurée par le second jour de la création, lorsque Dieu établit le firmament au milieu des eaux. Ce firmament représente la fermeté et la force des martyrs, que Dieu plaça au milieu des eaux de toutes les tribulations qui ne purent atteindre leur charité. Ensuite, comme au second jour de la création, le firmament fut placé au ciel ; de même aussi, dans la seconde période, l'Église, qui est représentée par le ciel, fut très solidement établie sur le témoignage des martyrs, témoignage qui en est comme le fondement.

C'est encore à cette seconde période de l'Église que se rapporte la seconde époque du monde, depuis Noé jusqu'à Abraham ; car de même que Noé et sa postérité commencèrent à cette seconde époque à offrir des victimes à Dieu, ainsi dans la seconde période de l'Église, les chrétiens étaient indistinctement immolés.

Cette période des tribulations et des martyrs est décrite sous l'état de l'Église de Smyrne. Car le mot Smyrne signifie cantique et myrrhe. Or ce mot, dans l'une et l'autre de ses acceptions, convient à cette période : comme cantique puisque les chrétiens des deux sexes couraient, pour ainsi dire, au martyre, en sautant de joie, comme on le voit dans l'histoire de l'Église et dans les actes des apôtres : «Et ils s'en allèrent pleins de joie, hors du conseil, parce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus.» (A. A. 5, 14)

Le mot myrrhe convient aussi à cette période de l'Église ; car, comme la myrrhe est amère et préserve de la putréfaction, ainsi les tribulations et les persécutions sont amères. Elle préserve l'Église et ses membres de la putréfaction des vices, des voluptés et du péché ; et elles rendent son corps robuste par la patience, la pauvreté, l'humilité, le mépris de ce monde, la charité envers Dieu, et l'amour des biens à venir. De plus, la myrrhe répand une suave odeur : on s'en sert dans les sacrifices qu'on offre à Dieu ; et c'est ainsi que le sang des martyrs et leur mort ont une odeur très suave, et sont un sacrifice dont la bonne odeur s'élève continuellement en présence de Dieu...

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Troisième période - Pergame

C'est la période des Pères de l'Église.

La troisième période de l'Église fut celle des docteurs. Elle commença avec Constantin le Grand et le Pape Sylvestre, et elle dura jusqu'à Charlemagne et Léon III.

Dans cette période, les hérésies furent extirpées et la religion chrétienne s'établit solidement dans presque tout l'univers. Cette période est appelée illuminative à cause de l'épuration qui s'y fit des principaux mystères de la foi catholique, de la sainte Trinité, de la divinité de Jésus-Christ, de son humanité, de sa filiation, de la procession du Saint-Esprit..., etc. Et comme les choses contraires qu'on expose en face l'une de l'autre, s'éclaircissent davantage, Dieu, pour éclairer son Église, lui donna les docteurs les plus illustres, tels que saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, saint Jean-Chrysostome, saint Léon, Bède et plusieurs autres Pères de l'Église grecque et latine. En revanche, il permit qu'il s'élevât contre eux les hérétiques les plus méchants, tels qu'Arius, Donat, Macedonius, Pelage, Eutychès, Nestorius, etc.

C'est à cette troisième période que se rapporte le troisième esprit du Seigneur : l'esprit d'intelligence, qui illumina l'Église et lui permit d'épurer les mystères les plus élevés de la sainte Trinité, de l'Incarnation et d'autres nombreuses vérités sur lesquelles l'Église se prononça après avoir condamné, expulsé et fait disparaître les ténèbres des hérétiques.

Le troisième jour de la création du monde est aussi considéré avec raison, dans ce chapitre, comme le vrai type de cette troisième période. Car, de même qu'au troisième jour de la création, les eaux durent, par la volonté de Dieu, se séparer de la terre et se rassembler en un même lieu, ainsi les tribulations, dont les eaux sont souvent la figure, et que l'Église eut à subir de la part des tyrans du paganisme, durent céder enfin à la puissance de Constantin le Grand, qui relégua leurs auteurs dans le feu de l'enfer. Et de même encore qu'au troisième jour de la création, la terre produisit les plantes verdoyantes avec leur semence, et les arbres avec des fruits, chacun selon son espèce, ainsi dans la troisième période de l'Église, l'eau du baptême fit germer les herbes verdoyantes (les enfants et les adultes devenus chrétiens) et des arbres (les docteurs).

On trouve, de plus, un autre type de cette troisième période de l'Église dans la troisième époque du monde qui dura depuis Abraham jusqu'à Moïse et Aaron. Car, de même que dans cette époque les Sodomites furent submergés dans la mer Morte et les Égyptiens dans la mer Rouge ; de même que Coré, Dathan et Abiron, et les autres schismatiques de la maison d'Israël furent anéantis et qu'il fut donné au peuple une loi qui déclarait et expliquait mieux la loi naturelle ; ainsi, dans la troisième période de l'Église, le peuple chrétien passa du martyre dans la terre de la paix. La luxure du monde et l'idolâtrie des nations furent submergées dans le sang de Jésus-Christ et de ses martyrs.

Enfin le dernier type de cette troisième période fut l'Église de Pergame ; car le mot Pergame s'interprète par «divisant les cornes» : ces cornes grandirent à l'Église dans la troisième période, sous Constantin le Grand, et ces cornes furent les pouvoirs temporel et spirituel dont elle jouit. Ce double pouvoir est métaphoriquement signifié par les cornes, dans lesquelles repose la force des béliers et d'autres animaux. Pergame signifie encore «divisant les cornes» parce que, peu de temps après, cette force et cette puissance de l'Eglise fut divisée et scindée par Arius et les autres hérétiques. Les cornes combattaient entre elles : la gauche (celle des hérétiques) contre la droite (celle des catholiques)...

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Quatrième période - Thyatire

La quatrième période est celle du Moyen Age.

«Écris encore à l'ange de l'Église de Thyatire : Voici ce que dit le Fils de Dieu, Celui qui a les yeux comme une flamme de feu et dont les pieds sont semblables à l'airain...» (Apoc. 2,18)

La quatrième période de l'Église commença avec Charlemagne et le Pape saint Léon III et elle dura jusqu'à Charles Quint et Léon X. Dans cette période fleurirent plusieurs grands saints parmi les rois et les empereurs, et des ecclésiastiques aussi savants que pieux ; et elle ne fut entachée d'aucune hérésie pendant plus de deux cents ans. C'est donc à juste titre qu'elle est appelée la période pacifique et illuminative.

Nous en trouvons le type dans la description de l'Église de Thyatire : car le mot Thyatire s'interprète dans le sens d'illuminé et d'hostie vivante, comme le fut parfaitement la quatrième période de l'Église.

C'est à cette quatrième période que se rapporte le quatrième jour de la création, lorsque Dieu fit les corps lumineux, et les étoiles qu'il plaça au ciel.

C'est aussi à cette période que convient le quatrième esprit du Seigneur, savoir : l'esprit de piété que Dieu répandit alors abondamment sur son Église.

De même, on peut encore approprier à cette quatrième période de l'Église, la quatrième époque du monde qui dura depuis Moïse jusqu'à l'achèvement du Temple de Salomon. Car, comme David composa alors des psaumes et augmenta le culte divin ; et de même que son fils Salomon construisit un temple très vaste et ordonna des vases les plus précieux pour le service des autels et du temple ; qu'il établit, de plus, un ordre admirable dans les choses sacrées, et releva la majesté des sacrifices par la bonne discipline des ministres ; enfin qu'il régna pacifiquement sans nul ennemi ; de même, dans la quatrième période, furent célébrés les conciles les plus utiles pour réédifier l'Église déchue. La religion chrétienne fleurit partout, et l'Église vécut en paix, libre de tout ennemi et de toute hérésie. Le chant, les psaumes, le bréviaire, les rites, les cérémonies et le ministère de l'autel furent établis dans un meilleur ordre et même dans une certaine perfection. Par l'expression : «les yeux comme une flamme de feu», il entend la connaissance parfaite de la vérité. Et par «les pieds semblables à l'airain», il désigne la stabilité et la fermeté du corps du Christ, qui est l'Église. Car les tyrans du paganisme ayant été vaincus, et les ténèbres des hérétiques ayant disparu, l'Église jouit du repos, dans la connaissance parfaite de la vérité de la foi catholique, très solidement établie, et protégée par la puissance des princes et des rois...

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Cinquième période - Sardes

L'Église est parvenue, de nos jours, à la fin de la période de Sardes.

«Écris à l'ange de l'Église de Sardes : Voici ce que dit Celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles. Je connais tes œuvres : tu as la réputation d'être vivant mais tu es mort.» (Apoc. 3,1)

La cinquième période de l'Église commença sous l'empereur Charles Quint et le Pape Léon X, vers l'an 1520. Elle durera jusqu'au Pontife Saint et au Monarque Puissant qui viendra dans cette période et sera appelé le secours de Dieu, c'est-à-dire rétablissant toutes choses.

La cinquième période est une période d'affliction, de désolation, d'humiliation et de pauvreté pour l'Église et elle peut être appelée avec raison une période purgative. Car c'est dans cette période que Jésus-Christ a épuré et épurera son froment par des guerres cruelles, par des redditions, par la famine et la peste, et par d'autres calamités horribles, en affligeant et en appauvrissant l'Église latine par beaucoup d'hérésies et aussi par les mauvais chrétiens qui lui enlèveront un grand nombre d'évêchés et des monastères presque innombrables. L'Église se verra accablée et appauvrie par les impositions et les exactions des princes catholiques, de telle sorte que c'est avec raison que nous pouvons gémir maintenant, et dire avec le prophète Jérémie dans son livre des Lamentations : «La reine des cités est tributaire.» (Lani. 1, 7)

Enfin cette cinquième période de l'Église est une période d'affliction et d'extermination, une période de défection remplie de calamités. Car il restera peu de chrétiens sur la terre qui auront été épargnés par le fer, la famine ou la peste. Les royaumes combattront contre les royaumes et tous les États seront désolés par des dissensions intestines. Les principautés et les monarchies seront bouleversées ; il y aura un appauvrissement presque général et une grande désolation dans le monde. Ces malheurs sont déjà en grande partie accomplis et ils s'accompliront encore. Dieu les permettra par un très juste jugement, à cause de la mesure comble de nos péchés que nous et nos pères auront commis dans le temps de sa libéralité.

L'Église de Sarde est le type de cette cinquième période. Car le mot Sarde signifie «principe de beauté», c'est-à-dire principe de la perfection qui suivra dans la sixième période. En effet, les tribulations, l'appauvrissement et les autres adversités sont le commencement et la cause de la conversion des hommes, comme la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. Or, nous craignons Dieu et nous ouvrons les yeux, lorsque les eaux et les flots des tribulations nous assaillent. Au contraire, pendant que nous sommes dans la félicité, chacun sous son figuier, dans sa vigne, à l'ombre des honneurs, dans la richesse et le repos, nous oublions Dieu notre créateur, et nous péchons en toute sécurité ! Voilà pourquoi la divine providence a ordonné avec sagesse que son Église, qu'elle veut conserver jusqu'à la consommation des siècles, fût toujours arrosée par les eaux des tribulations, à la manière du jardinier qui arrose ses plantes dans le temps de la sécheresse.

A cette période se rapporte aussi le cinquième esprit du Seigneur, qui est l'esprit de conseil. Car il se sert de cet esprit pour conjurer les calamités, ou pour empêcher de plus grands maux. Il s'en sert aussi pour conserver le bien et pour procurer de plus grands biens encore. Or, la divine sagesse communiqua l'esprit de conseil à son Église, principalement dans la cinquième période.

1. En l'affligeant pour qu'elle ne se corrompît pas entièrement par les richesses.

2. En interposant le concile de Trente comme une lumière dans les ténèbres, afin que les chrétiens qui la verraient, sussent ce qu'ils devaient croire dans la confusion de tant de sectes que l'hérésiarque Luther répandit dans le monde.

3. En opposant diamétralement à cet hérésiarque et à la masse des impies de cette période, saint Ignace et sa société qui, par leur zèle, leur sainteté et leur doctrine, empêchèrent que la foi catholique ne s'éteignît tout à fait en Europe.

4. Par son sage conseil, Dieu fit aussi que la foi catholique et que l'Église, qui avaient été bannies de la majeure partie de l'Europe, fussent transportées dans les Indes, la Chine, le Japon et dans d'autres contrées éloignées.

Cette cinquième période est aussi figurée par la cinquième époque du monde, qui dura depuis la mort de Salomon jusqu'à la captivité de Babylone inclusivement. En effet : de même qu'à cette cinquième époque du monde, Israël tomba dans l'idolâtrie par le conseil de Jéroboam, et qu'il ne resta que Juda et Benjamin dans le culte du vrai Dieu ; ainsi, dans la cinquième période, une très grande partie de l'Église latine abandonna la vraie foi et tomba dans les hérésies, ne laissant, en Europe, qu'un petit nombre de bons catholiques. Comme à cause de sa conduite, la synagogue et toute la nation juive fut affligée par les Gentils et fut souvent livrée à la rapine ; de même aussi maintenant, de quelles calamités ne sont pas affligés les chrétiens, le Saint-Empire et les autres royaumes ? De même qu'Assur vint de Babylone avec les Chaldéens pour s'emparer de Jérusalem, détruire son temple, incendier la ville, dépouiller le sanctuaire et conduire en captivité le peuple de Dieu ; ainsi, dans cette cinquième période, n'avons-nous pas à craindre que les Turcs fassent sous peu irruption, et qu'ils ourdissent des plans sinistres contre l'Église latine ; et cela, à cause de la mesure comble de nos crimes et de nos abominations les plus grandes.

Enfin, à cette cinquième période se rapporte aussi le cinquième jour de la création, lorsque Dieu dit que les eaux produisirent toutes sortes de poissons et de reptiles, et qu'il créa les oiseaux du ciel. Or, ces deux sortes d'animaux figurent la plus grande liberté ; car, qu'y a-t-il de plus libre que le poisson dans l'eau et que l'oiseau dans l'air ? Ainsi trouvons-nous métaphoriquement dans cette cinquième époque, la terre et l'eau pleines de reptiles et d'oiseaux. Car ils abondent, les hommes charnels qui, ayant abusé 'de la liberté de conscience et ne se contentant pas des concessions qui leur ont été accordées naguère dans le traité de paix, rampent et volent après les objets de leur volupté et de leur concupiscence. C'est à eux que se rapportent les paroles de l'apôtre Jude, dans son épître catholique lorsqu'il dit : «Ceux-ci blasphèment tout ce qu'ils ignorent, et ils corrompent tout ce qu'ils connaissent naturellement, comme les bêtes irraisonnables... Le désordre règne dans leurs festins ; ils mangent sans retenue, ils ne songent qu'à se nourrir eux-mêmes, véritables nuées sans eau que le vent emporte ça et là, arbres d'automne, arbres stériles deux fois morts et déracinés, vagues furieuses de la mer répandant leur confusion comme l'écume ; astres errants, auxquels un tourbillon de tempête est réservé pour l'éternité... Murmurateurs inquiets, marchant selon leurs désirs, et dont la bouche profère l'orgueil ; admirateurs des personnes selon le profit qu'ils en espèrent... Hommes qui se séparent eux-mêmes, hommes sensuels n'ayant point l'esprit de Dieu.» (Jude, 1, lOsq)

Or c'est ainsi que, dans cette misérable période de l'Église, on se relâche sur les préceptes divins et humains, et que la discipline est énervée ; les saints canons sont comptés pour rien et les lois de l'Église ne sont pas mieux observées par le clergé que les lois civiles parmi le peuple. De là, nous sommes comme des reptiles sur la terre et dans la mer, et comme des oiseaux dans les airs : chacun est entraîné à croire et à faire ce qu'il veut, selon l'instinct de la chair.

«Je connais tes œuvres : tu as la réputation d'être vivant mais tu es mort !...» L'humilité est presque inconnue dans ce siècle, et elle a dû céder la place au faste et à la vaine gloire, qu'on excuse par les convenances et le rang. On tourne en ridicule la simplicité chrétienne, qu'on traite de folie et de bêtise, tandis qu'on regarde comme sagesse le savoir élevé, et le talent d'obscurcir par des questions insensées et par des arguments compliqués tous les axiomes de droit, les préceptes de morale, les saints canons et les dogmes de la religion ; de telle sorte qu'il n'y a plus aucun principe si saint, si authentique, si ancien et si certain qu'il puisse être, qui soit exempt de censures, de critiques, d'interprétations, de modifications, de délimitations et de questions de la part des hommes. On fréquente, à la vérité, les Églises, mais on n'y montre pas de respect en présence du Dieu tout-puissant, on y rit, on y parle, on y regarde ça et là, on y plaisante, on s'y provoque par des regards, etc. La parole de Dieu est négligée, méprisée, tournée en ridicule. On n'a plus d'estime pour la sainte Écriture ; c'est Machiavel, Bodin et tous leurs semblables qu'on estime seuls et qu'on apprécie.

«Sois vigilant et confirme tous ceux qui étaient prêts de mourir ; car je ne trouve pas tes oeuvres pleines devant mon Dieu ; souviens-toi donc de l'enseignement que tu as reçu et entendu, garde-le et fais pénitence. Si donc tu ne veilles pas, je viendrai à toi comme un voleur, sans que tu aies su à quelle heure je viendrai à toi.» (Apoc. 3, 2-3)

Ici encore Jésus-Christ nous intime et fait retentir à nos oreilles, par la voix du prophète, la nécessité de veiller, parce que nous nous trouvons dans des temps mauvais, et dans un siècle plein de danger et de calamités. L'hérésie reprend partout le dessus et relève la tête ; son corps se fortifie plus que jamais, et ses adeptes ont obtenu le pouvoir presque partout. Voilà ce qui fait que beaucoup de catholiques deviennent tièdes ; que les tièdes font défection et qu'un grand nombre conçoivent du scandale dans leurs cœurs.

La guerre est aussi une des causes de l'ignorance, même dans les choses essentielles de la foi. La corruption des mœurs va croissant dans les camps et parmi les soldats à qui sont rarement accordés de bons pasteurs, de bons prédicateurs et de bons catéchistes. De là, vient que la génération se maintient rude, grossière et inflexible ; ignorant tout ou presque tout, ne s'embarrassant ni de Dieu, ni du ciel, ni de ce qui est honnête. Ne connaissant que la rapine, le vol, le blasphème et le mensonge, elle ne s'étudie qu'à circonvenir le prochain. Dans la foi catholique, la plupart sont tièdes, ignorants, circonvenus par les hérétiques, qui s'applaudissent de leur félicité, s'en réjouissent, et tournent en dérision les vrais fidèles, qu'ils voient d'ailleurs affligés, appauvris et désolés.

«Car je ne trouve pas tes œuvres pleines devant mon Dieu.» Ici, Notre-Seigneur Jésus-Christ parle comme homme et comme chef invisible de l'Église. La divinité, dans l'abîme infini de sa prescience éternelle, lui révéla les défauts et les péchés des pasteurs et des autres membres à venir de l'Église, et lui conféra, en même temps, la mission de les corriger. Jésus-Christ fonde donc son reproche sur le défaut de sollicitude pastorale que Dieu exige cependant des Évêques et des prélats de l'Église.

«Souviens-toi de ce que tu as reçu et entendu, garde-le et fais pénitence...» Parmi les catholiques, on en trouve peu qui reconnaissent leurs défauts et leurs péchés. Tous les Évêques, les prélats et les pasteurs des âmes disent qu'ils accomplissent toujours bien leur devoir, qu'ils veillent et qu'ils vivent comme il convient à leur état. De même, les empereurs, les rois, les princes, les conseillers et les juges, se glorifient d'avoir bien agi et de continuer à bien agir. Tous les ordres sacrés prétendent être innocents. Enfin le peuple lui-même, depuis le premier jusqu'au dernier, a coutume de dire : «Qu'ai-je fait de mal et quel mal ai-je fait ?» Or, c'est de cette manière que tous s'excusent. Ainsi donc pour que la divine Sagesse et Bonté pût ramener à la pénitence cette génération pervertie et corrompue au plus haut degré, elle lui envoya presque continuellement la guerre, la peste, la famine et d'autres calamités. Mais nous sommes devenus pires et nous ne voulons pas croire que nous sommes plongés dans ces maux à cause de nos péchés, tandis que la sainte Écriture dit cependant : «II n'y a pas de maux en Israël que le Seigneur n'ait envoyés.» D'où il est à craindre que le Seigneur s'exaspère encore davantage dans sa colère, dont il nous menace par les paroles qui suivent :

«Car si tu ne veilles, je viendrai à toi comme un voleur et tu ne sauras à quelle heure je viendrai.» Après la prescription du remède, suit une menace terrible contre l'Église de Dieu. Je viendrai à toi en te suscitant des malheurs. Il s'exprime au futur parce que, comme il a été dit souvent, la colère de Dieu, dans la longanimité de sa bonté, nous menace souvent de loin et longtemps. Mais de peur qu'à cause de sa lenteur nous ne pensions être à l'abri de ses coups, il dit : «Je viendrai à toi», d'une manière certaine et infaillible. L'Écriture nous avertit de la même manière dans Habacuc : «Attendez-le, il viendra, et il ne tardera pas.» (Hab. 2, 3)

Il compare ici sa visite et l'envoi de ses maux à l'arrivée d'un voleur. Car le voleur a coutume d'arriver tout à coup et à l'improviste ; il vient pendant le sommeil ; il fait effraction dans la maison ; enfin, il pille et il vole tout. Or tel sera le caractère du mal que Dieu suscitera contre son Église. Ce mal, ce seront les hérétiques, et les tyrans, qui viendront tout à coup et à l'improviste, qui feront effraction dans l'Église pendant le sommeil des Évêques, des prélats et des pasteurs ; qui prendront le dessus et raviront ou pilleront les évêchés, les prélatures, les biens ecclésiastiques, comme nous voyons de nos propres yeux qu'ils firent en Allemagne et dans le reste de l'Europe.

Je viendrai à toi comme un voleur, en suscitant contre vous les nations barbares et les tyrans, qui viendront tout à coup pendant que vous dormirez dans vos vieilles habitudes de voluptés, d'impuretés et d'abominations. Ils feront effraction et pénétreront jusque dans les forteresses et les garnisons. Ils entreront en Italie, ils dévasteront Rome, ils brûleront les temples et mineront tout, si vous ne faites pénitence et si vous ne vous éveillez enfin du sommeil de vos péchés.

«Et tu ne sauras à quelle heure je viendrai.» Jésus-Christ fait ici remarquer, comme en passant, l'aveuglement dont Dieu a coutume de frapper les princes du peuple, afin qu'ils ne puissent ni prévoir, ni prévenir les maux qui les menacent. Car il cache à leurs yeux, appesantis par le sommeil des voluptés, les maux et les vengeances qui doivent les assaillir. C'est donc en ce sens qu'il dit : «Et tu ne sauras à quelle heure je viendrai» ; c'est-à-dire que le temps de sa visite sera caché à tes yeux ; et tu ne pourras plus prévenir le mal, ni te préparer au combat, parce que l'ennemi viendra rapidement et inondera tout, comme les eaux d'un fleuve impétueux, comme la flèche lancée dans l'air, comme la foudre, comme un chien rapide.

«Tu as un petit nombre d'hommes à Sardes qui n'ont point souillé leurs vêtements.» Suit maintenant l'éloge ordinaire d'un petit nombre, relativement à la multitude des hommes qui sont sur la terre. Sur une si grande quantité d'états divers, et une si grande multitude d'hommes, il n'y en a qu'un petit nombre qui font exception, et qui croient encore de tout leur cœur au Seigneur Dieu, qui est dans les cieux. Il en est peu qui espèrent dans sa providence, qui servent Jésus-Christ selon l'état de leur vocation, et qui aiment Dieu et le prochain...

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Sixième période - Philadelphie

La sixième période est celle du Grand Monarque et du Grand Pape.

«Écris encore à fange de l'Église de Philadelphie : Voici ce que dit le Saint, le Véritable, Celui qui a la clef de David, Celui qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n'ouvre.» (Apoc. 3, 7)

La sixième période de l'Église commencera avec le Monarque puissant et le Pontife saint dont on a déjà parlé et durera jusqu'à l'apparition de l'Antéchrist. Cette période sera celle de la consolation dans laquelle Dieu consolera son Église sainte de l'affliction et des grandes tribulations qu'elle aura endurées dans la cinquième période. Toutes les nations seront rendues à l'unité de la foi catholique. Le sacerdoce fleurira plus que jamais, et les hommes chercheront le royaume de Dieu et sa justice en toute sollicitude. Le Seigneur donnera à l'Église de bons pasteurs. Les hommes vivront en paix, chacun dans sa vigne et dans son champ. Cette paix leur sera accordée parce qu'ils se seront réconciliés avec Dieu même. Ils vivront à l'ombre des ailes du Monarque puissant et de ses successeurs.

Nous trouvons le type de cette période dans la sixième époque du monde, qui commença avec l'émancipation du peuple d'Israël, et la restauration du temple et de la ville de Jérusalem, et dura jusqu'à la venue de Jésus-Christ. Car, de même qu'à cette époque, le peuple d'Israël fut consolé au plus haut degré par le Seigneur son Dieu, et par la délivrance de sa captivité ; que Jérusalem et son temple furent restaurés ; que les royaumes, les nations et les peuples soumis à l'empire romain furent vaincus et subjugués par César Auguste, monarque très puissant et très distingué, qui les gouverna pendant cinquante-six ans, rendit la paix à l'univers et régna seul jusqu'à la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et même après ; ainsi dans la sixième période, Dieu réjouira son Église par la prospérité la plus grande.

Car, bien que, dans la cinquième période nous ne voyions partout que les calamités les plus déplorables, tandis que tout est dévasté par la guerre, que les catholiques sont opprimés par les hérétiques et les mauvais chrétiens, que l'Église et ses ministres sont rendus tributaires, que les principautés sont bouleversées, que les monarques sont tués, et que tous les hommes conspirent à ériger des républiques, il se fait un changement étonnant par la main du Dieu tout puissant, tel que personne ne peut humainement se l'imaginer. Car ce Monarque puissant qui viendra comme envoyé de Dieu, détruira les républiques de fond en comble. Il soumettra tout à son pouvoir (sibi subjugabit omnia) et emploiera son zèle pour la vraie Église du Christ. Toutes les hérésies seront reléguées en enfer. L'empire des Turcs sera brisé, et ce Monarque régnera en Orient et en Occident. Toutes les nations viendront et adoreront le Seigneur leur Dieu dans la vraie foi catholique et romaine. Beaucoup de saints et de docteurs fleuriront sur la terre. Les hommes aimeront le jugement et la justice. La paix régnera dans tout l'univers, parce que la puissance divine liera Satan pour plusieurs années jusqu'à ce que vienne le fils de perdition qui le délivrera de nouveau.

C'est aussi à cette sixième période, qu'en raison de la similitude de sa perfection, se rapporte le sixième jour de la création, lorsque Dieu fit l'homme à sa ressemblance, et lui soumit toutes les créatures du monde pour en être le seigneur et le maître. Or, c'est ainsi que dominera ce monarque sur toutes les bêtes de la terre ; c'est-à-dire sur les nations barbares, sur les peuples rebelles, sur les républiques hérétiques et sur tous les hommes qui seront dominés par leurs mauvaises passions.

C'est encore à cette sixième période que se rapporte le sixième esprit du Seigneur, savoir : l'esprit de sagesse, que Dieu répandra en abondance sur toute la surface du globe, en ce temps-là. Car les hommes craindront le Seigneur leur Dieu, ils observeront sa loi et le serviront de tout leur cœur. Les sciences seront multipliées et parfaites sur la terre. La sainte Écriture sera comprise unanimement, sans controverse et sans l'erreur des hérésies. Les hommes seront éclairés, tant dans les sciences naturelles que dans les sciences célestes.

Enfin l'Église de Philadelphie est le type de cette sixième période ; car Philadelphie signifie : «amour du frère» ; et encore : «gardant l'héritage, dans l'union avec le Seigneur». Or, tous ces caractères conviennent parfaitement à cette sixième période dans laquelle il y aura amour, concorde et paix parfaite, et dans laquelle le Monarque puissant pourra considérer presque le monde entier comme son héritage. Il délivrera la terre avec l'aide du Seigneur son Dieu, de tous ses ennemis, de ses ruines et de ses maux.

«Voici ce que dit le Saint et le Véritable, qui a la clef de David, qui ouvre, et personne ne ferme ; qui ferme, et personne n'ouvre.» Comme il a l'habitude de le faire dans la description de chaque période, saint Jean désigne encore ici, par ces premières paroles, quelques insignes de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; insignes qu'il porte non seulement en lui-même, mais qu'il fait aussi briller extérieurement dans ses membres et dans son corps, qui est l'Église, d'une manière toute particulière dans cette sixième période.

Voici ce que dit le Saint des saints et le vrai homme-Dieu. C'est à cause de ces insignes infinis, qui sont la sainteté et la vérité et qui appartiennent à Notre-Seigneur Jésus-Christ par l'hypostase divine, que tout genou doit fléchir devant lui, dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. Il est aussi appelé ici Saint et Vrai, en qualité de chef de ses membres et de son corps, qui est l'Église, et aussi parce que son Église sera particulièrement sainte et vraie dans cette sixième période. Elle sera sainte, parce que les hommes marcheront alors de tout leur cœur dans les voies du Seigneur, et qu'ils chercheront le royaume de Dieu en toute sollicitude. L'Église sera vraie, parce qu'après que toutes les sectes auront été reléguées en enfer, elle sera reconnue pour vraie sur toute la surface de la terre.

«Qui a la clef de David.» On entend par là, la puissance royale et universelle que possède le Christ sur son Église, puissance qu'il conservera jusqu'à la consommation du siècle, en exécution de la volonté et des conseils de Dieu le Père : «Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre.» De plus, il est dit ici que le Christ a la clef de David, parce que David et son règne furent la figure de Jésus-Christ et de son règne, comme on le voit dans les livres des Prophètes.

«Qui ouvre et personne ne ferme ; qui ferme et personne n'ouvre.» Ces paroles expriment quel est le pouvoir de cette clef du Christ. C'est un pouvoir illimité et constitué sur sa seule puissance, pouvant distribuer les biens et les maux selon sa volonté. Les méchants ne peuvent pas empêcher le bien et les bons ne sauraient empêcher les maux. Car il est dit des méchants dans saint Matthieu : «Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.» Et il est dit des justes dans Ézéchiel : «Que si ces trois hommes, Noé, Daniel et Job, se trouvent au milieu d'une nation qui aura péché contre le Seigneur, ils délivreront leurs âmes par leur propre justice.»

«Qui ferme et personne n'ouvre», c'est-à-dire que, par contre, il fait disparaître en son temps les maux de son Église et lui rend les biens. Ensuite, il permet de nouveau les châtiments, et il n'y a personne qui puisse les ôter de sa main ou les empêcher, selon qu'il est écrit : «Quand vous la leur donnez (la nourriture), ils recueillent aussitôt. Que vous ouvrez vos mains, ils sont tous remplis de vos biens. Mais si vous détournez d'eux votre face, ils seront troublés. Vous leur ôterez l'esprit et ils tomberont dans la défaillance, et ils retourneront dans leur poussière. Vous enverrez votre esprit et ils seront créés et vous renouvellerez la face de la terre.» (Ps. 103, 28 sq.)

«J'ai ouvert une porte devant toi que personne ne peut fermer, parce que tu as peu de force ; et cependant tu as gardé ma parole et tu n'as point renoncé à mon nom.» Ces paroles sont pleines de consolation ; elles décrivent la félicité future de cette sixième période, félicité qui consistera dans plusieurs particularités :

1° Dans l'interprétation vraie, claire et unanime de la sainte Écriture. Car alors les ténèbres des erreurs et les fausses doctrines des hérétiques, qui ne sont pas autre chose que la doctrine des démons, seront dissipées et disparaîtront. Les fidèles du Christ, répandus sur toute la surface du globe, seront attachés à l'Église de cœur et d'esprit, dans l'unité de la foi et dans l'observance des bonnes mœurs. Voilà pourquoi il est dit : «J'ai ouvert une porte devant toi», c'est-à-dire l'intelligence claire et profonde de la sainte Écriture. «Que personne ne peut fermer», voulant dire, qu'aucun hérétique ne pourra plus pervertir le sens de la parole de Dieu, parce que, dans cette sixième période, il y aura un concile œcuménique, le plus grand qui ait jamais eu lieu, dans lequel, par une faveur particulière de Dieu, par la puissance du Monarque annoncé, par l'autorité du saint Pontife et par l'unité des princes les plus pieux, toutes les hérésies et l'athéisme seront proscrits et bannis de la terre. On y déclarera le sens légitime de la sainte Écriture, qui sera crue et admise par tout le monde, parce que Dieu aura ouvert la porte de sa grâce.

2° Cette félicité consistera dans un nombre immense de fidèles ; car en ce temps-là, tous les peuples et les nations afflueront vers une seule bergerie, et y entreront par la seule porte de la vraie foi. C'est ainsi que s'accomplira la prophétie de saint Jean : «II y aura un seul troupeau et un seul pasteur.» (Jo. 10, 16) Et aussi cet autre de saint Matthieu : «Cet évangile du royaume sera prêché dans tout l'univers, comme un témoignage pour toutes les nations, et alors la fin arrivera.» (Matth. 34, 14) Or, c'est aussi dans ce sens qu'il est dit ici : «J'ai ouvert une porte devant toi», la porte de la foi et du salut des âmes, porte qui était fermée à une quantité innombrable d'hommes pendant la cinquième période, à cause des hérésies et des abominations des pécheurs. C'est pour cela qu'alors la bergerie était restreinte, avilie, humiliée et méprisée au plus haut degré. Mais maintenant : «La porte est ouverte devant toi», elle est ouverte à tous comme le grand portail d'un palais royal, lorsqu'il n'y a ni ennemi ni sédition à redouter.

3° Cette félicité consistera dans la multitude des prédestinés. En effet, un grand nombre de fidèles seront sauvés dans ce temps-là, parce que la vraie foi éclatera de splendeur, et que la justice abondera. «J'ai ouvert une porte devant toi», la porte du ciel, que personne ne peut fermer jusqu'au temps fixé. Le texte latin commence par la particule «ecce : voici», parce que ce mot excite notre esprit à concevoir quelque chose de grand et d'admirable dans cette œuvre que Dieu opérera pour notre consolation, notre bonheur et notre joie spirituelle...

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Sur le Grand Monarque

Ici, Barthélemy Holzhauser abandonne le commentaire de la sixième Église de la Dédicace et il se reporte, toujours dans l'Apocalypse mais quelques pages plus loin, au texte consacré par saint Jean à la sixième trompette. Il prouve ainsi que, dans son esprit, la sixième Église et la sixième trompette se correspondent et décrivent, sous des aspects sans doute différents, la même période de la vie de l'Église.

Plaise à Dieu que vienne bientôt ce puissant Monarque qui doit bouleverser les républiques, battre en brèches les villes impériales et maritimes qui ne sont pas autre chose que des nids de vipères, étouffer les cris et les sifflements de ces prédicateurs et de ces serpents, et qu'après avoir humilié les hérétiques et les schismatiques, il fasse cesser toute erreur !

«Et je vis un autre ange plein de force et descendant du ciel, revêtu d'une nuée, ayant un arc-en-ciel sur la tête. Et son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu. Et il avait à la main un petit livre ouvert, et il mit son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre. Et il cria d'une voix forte, comme rugit un lion. Et après qu'il eut crié, sept tonnerres firent éclater leurs voix.» (Apoc. 10, 7-3)

Cet ange représente le Grand Monarque à venir. Il n'admettra qu'une seule et pure doctrine, et il sera très zélé pour la foi catholique, une et orthodoxe, surtout après avoir abaissé et dispersé les hérétiques, sur terre et sur mer. Ses mœurs seront saintes et bien réglées. Il contribuera puissamment à la propagation de la foi et à la restauration de la discipline ecclésiastique que l'ange son prédécesseur, c'est-à-dire l'hérésiarque Luther, avec ses impies adeptes, avait si considérablement ruinées et affaiblies.

Saint Jean attribue à cet autre ange la qualité spéciale d'être fort ou puissant : «Et je vis un autre ange plein de force.» Il sera puissant en guerre et brisera tout comme le lion. Il deviendra très grand par ses victoires et il n'en sera que plus solidement établi sur le trône de son empire. Il régnera beaucoup d'années, et pendant le cours de son règne, il humiliera les hérétiques et les républiques, et il soumettra toutes les nations à son empire et à celui de l'Église latine. De plus, après avoir relégué en enfer la secte de Mahomet, il brisera l'empire Turc, et n'en laissera subsister qu'un petit état sans puissance et sans force, lequel se maintiendra cependant jusqu'à l'avènement du fils de perdition, qui ne craindra pas le Dieu de ses pères, et ne s'inquiétera d'aucun dieu. (Dan. 11, 37)

«Et je vis un autre ange plein de force et descendant du ciel.» Le prophète dit que cet ange descendra du ciel, parce qu'il naîtra dans le sein de l'Église catholique prise ici pour le ciel ; et il sera spécialement envoyé de Dieu, selon les décrets de la divine Providence qui l'aura choisi pour la consolation et l'exaltation de l'Eglise latine au milieu même de sa grande affliction et de son humiliation profonde.

«Et je vis un autre ange... revêtu d'une nuée.» Le prophète désigne ce Monarque comme revêtu d'une nuée, pour nous apprendre qu'il sera très humble, et qu'il marchera dès l'enfance dans la simplicité de son cœur. Car la nuée qui couvre l'éclat de la splendeur signifie l'humilité, et l'humilité attire la protection de Dieu, qui est aussi signifiée par la nuée qui couvrira ce Monarque. En effet, personne n'est autant protégé de Dieu que celui qui marche par les voies de l'humilité, selon saint Luc : «Il a renversé les puissants de leurs trônes et il a élevé les humbles.» (Luc, 1, 32) C'est pourquoi personne ne pourra lui nuire ni lui résister, puisqu'il sera revêtu de la protection du Dieu du ciel.

«Et je vis un autre ange... revêtu d'une nuée, un arc-en-ciel sur la tête.» Par l'arc-en-ciel on comprend la paix que Dieu fera avec la terre, selon la Genèse : «Je placerai mon arc dans la nue, comme signe d'alliance entre moi et la terre.» (Gen. 9, 13) Or, une alliance suppose la paix et c'est cette paix que ce Monarque rendra à l'univers. Car, après avoir extirpé les hérésies et les superstitions des Gentils et des Turcs, il n'y aura qu'une seule bergerie et un seul pasteur. Tous les princes s'uniront à lui par les liens les plus forts, par les liens de la foi catholique et de l'amitié, parce que celui-ci, sans abuser de sa puissance et sans offenser personne par des injustices, rendra à chacun ce qui lui est dû. Voilà pourquoi le prophète dit qu'il aura pour ornement un arc-en-ciel sur la tête.

«Et son visage était comme le soleil», à cause de la splendeur de sa justice et de sa gloire impériale, et aussi à cause de la haute intelligence et de la profonde sagesse qui le distingueront ; de même encore, à cause de l'ardeur de sa charité et de son zèle pour la religion ; enfin parce qu'il sera comme le soleil au milieu des astres c'est-à-dire qu'il marchera dans son empire, au milieu de ses princes alliés, qui exécuteront ses volontés et marcheront sur ses traces.

«Et ses pieds étaient comme des colonnes de feu.» Les pieds signifient l'étendue de la puissance d'un empire, selon le Psalmiste : «Moab est comme un vase qui nourrit mon espérance ; je m'avancerai dans l'Idumée et je la foulerai aux pieds.» (Ps. 59, 8) Les étrangers ont été assujettis. Cependant, comme beaucoup de tyrans eurent des empires très vastes et très puissants, le prophète attribue à ce Monarque des propriétés particulières pour le distinguer : «Et ses pieds étaient comme des colonnes de feu.» Les colonnes sont le soutien et l'appui d'un édifice et le feu indique le zèle de la religion et l'ardeur de la charité envers Dieu et le prochain ; de même aussi le feu est un élément qui dompte tout. Or, telle est précisément la puissance de ce Monarque ; son règne sera le plus solide appui de l'Église catholique et de sa maison royale, parce que son règne sera assuré pour sa postérité, jusqu'à ce que l'apostasie soit arrivée, et qu'on ait vu paraître le fils de perdition. La puissance du Monarque brillera surtout par son zèle pour la religion, et par le feu de sa charité envers Dieu et le prochain ; et de même que le feu dompte tout ainsi ce souverain domptera tout et dominera.

«Et il avait à la main un petit livre ouvert.» Ce petit livre dénote un concile général, qui sera le plus grand et le plus célèbre de tous. Le prophète dit : cet ange tient ce petit livre dans sa main, parce que c'est par l'œuvre et la puissance de ce Monarque que ce concile sera assemblé, protégé et arrivera à bonne fin ; et aussi parce qu'il emploiera toute sa puissance pour en faire exécuter les sentences et les décrets. Le Dieu du ciel le bénira et mettra toutes choses en ses mains et en son pouvoir. Il est dit que ce petit livre sera ouvert, à cause de la clarté avec laquelle ce concile expliquera le sens de la sainte Écriture, et à cause de la pureté des dogmes de la foi qu'on y proclamera.

«Et il mit le pied droit sur la mer et le pied gauche sur la terre.» C'est-à-dire que ce Monarque agrandira et étendra son empire sur terre et sur mer, car il soumettra la terre et les îles des mers à sa domination. La grandeur et l'étendue de sa puissance seront immenses, comme nous l'avons expliqué plus haut, en disant qu'elle est signifiée par les pieds.

«Et il cria à haute voix comme un lion qui rugit.» Cet éclat de voix comparé au rugissement du lion, nous fait comprendre la terreur immense qu'il inspirera à tous les peuples de la terre et aux habitants des îles. Car, lorsque le lion rugit, il manifeste sa force, et tous les autres animaux sont saisis d'effroi. C'est pourquoi il est dit dans les proverbes : «Comme le rugissement du lion, ainsi la terreur du roi.» (Pr. 20, 2) Les grands cris de sa voix seront aussi ses édits impériaux, par lesquels il ordonnera d'exécuter en toute rigueur, en faveur de la foi orthodoxe, les ordonnances du concile ; et ses édits arriveront à toutes les nations de la terre et des îles.

«Et après qu'il eut crié, sept tonnerres firent éclater leurs voix.» Ces tonnerres qui se feront entendre à la voix de cet ange, seront les murmures, les protestations et les cris de ceux qui voudront résister à la volonté de ce Monarque et qui voudront le frapper ; car il s'élèvera en ce temps une grande tempête ; mais, parce qu'ils ne pourront pas lui résister et encore moins lui nuire, il est ordonné à saint Jean de ne pas écrire ce qu'il a vu en cette circonstance ; car toute cette tempête sera sans effet. Jésus-Christ veut seulement en prévenir saint Jean en sa qualité de représentant de l'Église, pour nous faire savoir que l'empire de ce Monarque et la propagation de la vraie foi sur la terre, ne s'obtiendront pas sans bruit et sans orage. C'est pourquoi il est dit : «Et après qu'il eut crié, sept tonnerres firent éclater leurs voix.» Lorsque le tonnerre fait seulement entendre sa voix, c'est que la foudre ne frappe point, parce que la nue a éclaté en l'air ; mais l'orage produit un effet quelquefois si nuisible, selon que la foudre tombe sur les hommes, sur les animaux, sur les arbres ou sur les édifices. Or, la tempête qui fut montrée à saint Jean sous la figure d'un orage, était une tempête sans autre effet que celui de la voix du tonnerre. «Sept tonnerres firent éclater leurs voix.» C'est-à-dire que les princes et les grands s'insurgeront contre ce Monarque et murmureront. Ils feront entendre leurs voix à l'occasion de ce concile, pour lui résister et pour en frapper les décrets ; mais, parce que ce Monarque sera sous la protection de Dieu, tous leurs efforts seront vains et inutiles.

«Et les sept voix des sept tonnerres ayant éclaté, j'allais écrire.» C'est-à-dire qu'après que les secrets des conseils de ces princes récalcitrants m'eurent été révélés, dit saint Jean, j'allais les écrire en vertu du commandement que j'en avais reçu : «Et j'entendis une voix du ciel qui me dit : scelle ce qu'ont dit les sept tonnerres et ne l'écris point.» Il y a deux raisons pour lesquelles quelqu'un ne doit pas savoir ou ne doit pas écrire quelque chose. La première, c'est lorsque cette connaissance pourrait être nuisible en causant du mal ou en empêchant le bien, soit dans le présent soit dans l'avenir. La seconde, c'est lorsque l'importance, l'utilité ou la nécessité de la chose n'exigent pas qu'on la sache ou qu'on l'écrive. C'est ainsi que la divine Providence cache à ses fidèles amis, dans cette vie, les dangers et les tribulations du corps et de l'âme, dont le nombre est presque infini, car il ne serait point utile aux hommes de les connaître à l'avance ; et Dieu, dans sa bonté, soit nous en préservera ou nous en défendra en temps opportun, quelques grands et imminents que soient les maux de la vie. C'est pour les mêmes raisons qu'il ne fut pas permis à saint Jean d'écrire les voix des sept tonnerres, à l'occasion de ce Monarque. Car Dieu le délivrera de tout danger, et fera avorter les desseins de ses ennemis. «Scelle, ne l'écris point.» C'est-à-dire écris que les sept tonnerres ont fait éclater leur voix mais n'écris point ce qu'ils ont dit.

«... Je pris le livre de la main de l'ange et je le dévorai : il était dans ma bouche doux comme du miel ; mais il devint amer dans mes entrailles.» (Apoc. 10,10)

On distingue donc plusieurs qualités de ce petit livre. Il contient une doctrine saine, unanime et sainte en matière de foi et de bonnes mœurs. Or, comme ce livre sera l'œuvre du Saint-Esprit, c'est avec raison que saint Jean dit qu'il sera doux comme le miel dans la bouche de toute l'Église, dont il est le représentant ; c'est-à-dire qu'il sera reçu avec acclamation et d'un consentement unanime. Mais il produira une grande commotion, car cette œuvre de Dieu ne se réalisera pas sans grandes difficultés, ni sans résistance ; elle sera même arrosée du sang des martyrs ; car le monde, la chair et le démon ont toujours résisté et résisteront toujours aux œuvres de Dieu ; et c'est la sagesse divine qui le permet pour mieux faire ressortir cette pensée du sage (Prov. 21, 30) : «Il n'y a point de sagesse, il n'y a point de prudence, il n'y a point de conseil contre le Seigneur.» Cette tempête sera d'abord soulevée par les puissances séculières qui résisteront par les armes au Grand Monarque, et persécuteront ceux qui entreprendront de convertir les peuples à la foi catholique que le Monarque ordonnera de prêcher sur terre et sur mer.

De nouveau l'exégète abandonne le texte de la sixième trompette pour passer, au chapitre XIV, à celui du sixième signe lequel correspond lui aussi à la sixième Église et décrit encore un aspect de cette sixième période de l'Église.

Ce qui vient d'être dit de Jésus-Christ, dans cette prophétie, peut s'appliquer en quelque sorte et par ressemblance, à ce Monarque puissant dont saint Jean dit qu'il sera «semblable au Fils de l'homme, ayant sur la tête une couronne d'or» (Apoc. 14, 14 ; sixième signe). C'est-à-dire qu'il sera un Grand Monarque, riche et puissant, et le dominateur des dominateurs. Il vaincra les rois des nations et sera plein de la charité de Dieu.

«Et en sa main une faulx tranchante.» (Apoc. 14, 14) Cette faulx, que le Grand Monarque tiendra dans sa main, c'est la grande et forte armée, avec laquelle il traversera les royaumes des nations, les républiques et les places fortes, qu'il percera de part en part. Il est dit que sa faulx est tranchante parce qu'il ne livrera aucun combat, qu'il n'en résulte la victoire pour ses armes, ou de grandes pertes en un grand carnage pour l'ennemi.

«Jamais la flèche de Jonathas ne revint altérée de la graisse et du sang ; et jamais l'épée de Saûl ne sortit oisive des combats.» (Reg. 1, 22). Or, telle sera parfaitement l'armée de ce Grand et puissant Monarque. Il est dit qu'il tient sa faulx en sa main, parce que son armée n'entreprendra rien sans ses avis, et c'est lui-même qui la dirigera par ses conseils, comme il est raconté d'Alexandre le Grand. Il est dit aussi qu'il tient sa faulx dans sa main, parce que son armée lui obéira à la perfection, qu'elle lui sera attachée et l'aimera de telle sorte, qu'il la maniera comme un bâton, et opérera par elle des choses grandes, étonnantes et admirables.

«Et un autre ange, sortit du temple, criant à haute voix à celui qui était assis sur la nuée : Jetez votre faulx et moissonnez, car le temps de moissonner est venu, parce que la moisson de la terre est mûre.» (Apoc. 14, 15). Cette voix est celle de quelqu'un qui exhorte avec véhémence à la guerre et à la moisson de la zizanie des hérétiques et des Turcs. Cet ange qui sortira du temple et criera ainsi, c'est le grand et saint Pontife dont on a parlé, que Dieu suscitera en ces jours. Et ce Pontife, poussé par une inspiration divine, exhortera ou engagera ce Monarque d'entreprendre cette guerre sacrée. «Jetez votre faulx», lui dira-t-il, c'est-à-dire votre armée puissante, et moissonnez, c'est-à-dire coupez, arrachez et déracinez les hérétiques et les barbares. Ce Pontife tiendra ce langage par révélation, et c'est par ces mots qu'il excitera les cœurs des princes, et les engagera à s'unir pour entreprendre cette guerre. Et Dieu disposera les cœurs des soldats, de manière à ce qu'ils adhèrent d'esprit et de cœur à l'entreprise de leur Monarque puissant. «Parce que la moisson est mûre» c'est-à-dire, que c'est le moment de couper la zizanie pour la jeter au feu. C'est une métaphore qui signifie l'anéantissement et la ruine des hérésies et de la barbarie.

«Et celui qui était assis sur la nuée, jeta sa faulx sur la terre, et la terre fut moissonnée.» (Apoc. 14, 16) Tous ces mots expriment l'heureux succès obtenu selon les paroles du saint Pontife. «Et la terre fut moissonnée» car le Grand Monarque exterminera ou soumettra à son pouvoir les nations des Turcs et des hérétiques, et occupera leurs terres.

«Et un autre ange sortit du temple qui est dans le ciel et il avait aussi une faulx tranchante.» (Apoc. 4, 17) Cette faulx est une autre armée que les États de l'Église et leurs alliés, étroitement et fortement unis, rassembleront et enverront en aide au Grand Monarque. C'est pourquoi il est dit que cet autre ange sortit du temple, c'est-à-dire des états de l'Église dont le temple est la figure ; «qui est dans le ciel», c'est-à-dire dans l'Église militante que ce mot ciel signifie et représente. Celui dont il est dit : «Et un autre ange sortit du temple», sera un grand général en chef que ce saint Pontife, dont on a parlé, constituera et désignera, pour commander cette forte armée qui s'emploiera à ruiner et à anéantir la puissance des Turcs et des hérétiques...

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Septième période - Laodicée

Ici, Barthélemy Holzhauser revient à la trame initiale de son exégèse. Il passe à la septième période de la «Dédicace aux sept Églises».

La septième période est celle de l'Antéchrist, C'est la dernière.

«Écris à l'ange de l'Église de Laodicée : Voici ce que dit celui qui est la vérité même, le témoin fidèle et véritable, qui est le principe de la créature de Dieu.» (Apoc. 3,14)

La septième et dernière période de l'Église commencera à l'apparition de l'Antéchrist, et durera jusqu'à la fin du monde. Ce sera une période de désolation, dans laquelle il y aura défection totale de la foi. C'est pendant cette période que s'accomplira l'abomination de la désolation, décrite dans Matthieu 24 et Daniel 11 et 12. C'est alors aussi que se terminera le siècle, et que s'accomplira la parole de la volonté divine.

A cette période se rapporte le septième jour de la création du monde, lorsque Dieu, après avoir achevé son œuvre, se reposa le septième jour. Or, c'est ainsi que, dans la septième période de l'Église, Dieu achèvera son œuvre spirituelle, qu'il avait décrété d'accomplir par son Fils Jésus-Christ.

Cette période est aussi figurée par le septième esprit du Seigneur : l'esprit de science. Car, en ce temps, on saura clairement, après que l'Antéchrist aura été détruit et précipité dans l'enfer, que Jésus-Christ est venu sur la terre comme homme. Et alors ceux d'entre les Juifs qui resteront, feront pénitence.

De plus cette septième période est représentée par la septième époque du monde. Car, de même que cette période sera la dernière qui terminera le siècle, ainsi la septième période sera la dernière de l'Église.

Enfin le type de cette période est l'Église de Laodicée, qui s'explique par vomissement. Or ce mot convient à la dernière époque, pendant laquelle, en attendant que l'Antéchrist soit parvenu au Pouvoir, la charité se refroidira, la foi se perdra, tous les royaumes seront dans le trouble et dans l'agitation et se scinderont entre eux ; il s'élèvera une race d'hommes égoïstes, nonchalants et tièdes. Les pasteurs, les prélats et les princes seront des fourbes, semblables à des arbres d'automne, sans feuilles et sans fruits de bonnes œuvres ; ils seront comme des astres errants, des nuages sans eau. Et alors le Christ commencera à «vomir» l'Église de sa bouche et permettra que Satan soit délié et étende son pouvoir en tous lieux ; et que le Fils de perdition entre dans le royaume, qui est l'Église.

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Sainte Marguerite-Marie

Sainte Marguerite-Marie naquit en 1647 à Lautecour dans le Charolais. C'était l'époque du ministériat de Mazarin. En 1671, au moment où Louis XIV faisait les derniers préparatifs pour entamer la guerre de Hollande, elle entra au couvent des Visitandines de Paray le Monial. L'ordre de la Visitation avait été fondé un demi-siècle auparavant par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantai. Elle mena entièrement la vie d'une religieuse ordinaire.

Cependant le Seigneur lui apparut souvent et prononça même devant elle des paroles qu'elle a conservées dans ses écrits. Elle fut chargée par lui de promouvoir une dévotion spéciale à son Sacré-Cœur. Elle mourut à l'époque de la guerre de la Ligue (d’Augsbourg, en 1690, l'année de la victoire de Fleurus. C'est en 1689, cent ans avant le début de la Révolution Française qu'elle eut ses principales révélations.

Dans une lettre où elle expose d'abord à sa mère supérieure les vues de Notre-Seigneur sur l'ordre de la Visitation, sainte Marguerite-Marie ajoute ensuite :

Mais il ne veut pas s'en arrêter là. Il a encore de plus grands desseins qui ne peuvent être exécutés que par sa toute-puissance, qui peut tout ce qu'elle veut.

Il désire donc, ce me semble, entrer avec pompe et magnificence dans la maison des princes et des rois, pour y être honoré autant qu'il a été outragé, méprisé et humilié en sa Passion, et qu'il reçoive autant de plaisir de voir les grands de la terre abaissés et humiliés devant lui, comme il a senti d'amertume de se voir anéanti à leurs pieds. Et voici les paroles que j'entendis à ce sujet :

«Fais savoir au fils aîné de mon Sacré-Cœur - parlant de notre roi - que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra la naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu'il fera de lui-même à mon Cœur adorable qui veut triompher du sien, et, par son entremise, de celui des grands de la terre.»

II veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Église.

... Le Père Éternel, voulant réparer les amertumes et les angoisses que l'adorable Cœur de son divin Fils a ressenties dans la maison des princes de la terre parmi les humiliations et les outrages de la Passion, veut établir son empire dans le cœur de notre souverain Monarque, duquel il veut se servir pour l'exécution de ce dessein qu'il désire s'accomplir en cette manière, qui est de faire faire un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la cour.

De plus, ce divin Cœur se voulant rendre le protecteur et défenseur de sa sacrée personne contre tous ses ennemis visibles et invisibles, dont il le veut défendre, et mettre son salut en assurance par ce moyen, c'est pourquoi il l'a choisi comme son fidèle ami pour faire autoriser la messe à son honneur par le Saint-Siège apostolique et en obtenir tous les autres privilèges qu'il veut accompagner cette dévotion de ce Sacré-Cœur, par laquelle il veut départir les trésors de ses grâces de sanctification et de salut, en répandant avec abondance ses bénédictions sur toutes ses entreprises qu'il fera réussir à sa gloire, en donnant un heureux succès à ses armes pour le faire triompher de la malice de ses ennemis.

Promouvoir la consécration du royaume de France au Sacré-Cœur, est une bien grande tâche pour une humble religieuse. Marguerite-Marie le sent fort bien et elle écrit à sa mère supérieure :

Tout cela paraît très difficile, tant pour les grands obstacles que Satan se propose d'y mettre, que pour toutes les autres difficultés. Mais Dieu est au-dessus de tout. Il se plaît souvent à se servir des moindres choses, et même des plus méprisables, pour l'exécution de ses plus grands desseins, tant pour aveugler et confondre le raisonnement humain que pour faire voir sa puissance, qui peut tout ce qui lui plaît, quoiqu'il ne le fasse pas toujours, ne voulant pas violenter le cœur des hommes afin que, le laissant en liberté, il ait plus de moyens de le récompenser ou de le châtier.

... Il faut que tout se fasse doucement et suavement, quoique fortement et diligemment, suivant les moyens qu'il nous en fournira, car enfin, ma Mère, il faut poursuivre l'œuvre de Dieu sans désister, ni nous lasser, quelque obstacle ou contradictions qui s'y puissent rencontrer, car il est assez fort et puissant pour les vaincre et confondre ses ennemis. Mais ce divin Cœur n'est que douceur, humilité et patience, c'est pourquoi il faut attendre. Il saura bien faire chaque chose en son temps.

... Il se servira des contradictions comme d'un solide fondement pour établir son règne, car dans cette glorieuse et sainte entreprise, les croix et les oppositions sont une des marques les plus infaillibles et les plus assurées, que la chose vient de Dieu et qu'il en doit être beaucoup glorifié par le Règne du Sacré-Coeur de son divin Fils.

... Le Sacré-Cœur régnera malgré Satan et tous ceux qu'il suscite à opposer. Mais c'est maintenant le temps d'opérer et souffrir en silence, comme il a fait pour notre amour.

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Dom Calliste

Nous sommes en 1751, sous le règne de Louis XV. Dom Calliste est un religieux bénédictin de l'abbaye de Cluny, en Bourgogne ; il est l'auteur d'une prophétie, d'un style très particulier, mais qui mérite d'être scrutée tant elle est dense. Cette prophétie nous est connue par une lettre de dom Madrigas, lui aussi moine de Cluny, adressée le 3 décembre 1751, au Prieur de F abbaye de Moutier-Saint-Jean, en Auxois. Voici le texte de cette lettre.

Ce n'est qu'en tremblant encore que je prends la plume pour vous donner connaissance d'un événement qui a consterné notre maison.

Nous étions à l'exercice du matin, la sainte Messe finissait. Au milieu du plus profond silence, une voix s'élève tout à coup de nos rangs ; c'était celle d'un de nos pères, homme simple mais d'une grande foi : Malheur à nous ! Malheur à nous !

En disant ces mots, il tombe la face contre terre, comme pour apaiser Dieu qu'il voit irrité. L'étonnement et la frayeur nous saisissent. Sa figure nous paraît rayonnante, son regard étincelant. Il parlait avec peine, mais distinctement et lentement: ce qui nous a permis de retenir et de mettre par écrit la révélation ci-jointe, sans intervertir l'ordre dans lequel il a prédit ces terribles événements :

«La vengeance de Dieu approche, le temps presse, pénitence, ô pécheurs !

- L'iniquité a inondé la terre, elle n'est qu'iniquité. Quels saints prierons-nous ?

- La vengeance céleste atteindra tous les rangs.

- Nous avons abusé du sacrifice, le sacrifice cessera.

- Nous nous sommes attachés à la terre, la terre nous sera enlevée, et nous serons enlevés à la terre.

- Les arrêts des méchants s'exécuteront. La mort ravagera prêtres et laïcs.

- Les hauteurs seront abattues : trois fleurs de lys de la couronne royale tomberont dans le sang, une quatrième dans la boue, une cinquième s'éclipsera.

- Les méchants se dévoreront entre eux : du sang, du sang, on en boira...

- Une épée flamboyante s'élèvera de la mer et, rouge de sang, s'y replongera.

- Deux fois les débris d'un grand naufrage seront rapportés par les flots du Nord.

- Les miséricordes de Dieu seront méconnues, on croira pouvoir se passer de son secours, et il se retirera. Il abandonnera peuples et rois. Les dépositaires du pou­voir seront dispersés.

- Église de Dieu, tu gémiras : ministres du Seigneur, vous pleurerez sur de nouvelles profanations.

- Du sang, du sang, du sang, on en boira, on en boira...

- La terre coupable sera purifiée par le fer, et dévo­rera celui qui s'est assis dans l'iniquité.

- Une fleur de lys rayonnante sort d'un nuage.

- Gloire à Dieu, la foi renaît, un homme, instru­ment de Dieu, en a allumé le flambeau.

- Heureux ceux qui auront survécu ! Gloire à Dieu.»

A peine eut-il achevé de parler, mon Révérend Père, qu'il a paru accablé de lassitude. La fièvre le prit, et il est mort hier, après trente heures de maladie, pendant lesquelles nous n'avons pu obtenir aucune parole.

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Le Père Nectou

Le Père Nectou fut provincial des Jésuites d'Aquitaine. Les religieux de la Compagnie le regardaient, à juste titre, comme un saint et un prophète. Il est mort à Bordeaux en 1777.

C'est vers 1760, alors qu'il se trouvait à la maison de Poitiers, qu'il confia au Père de Raux, encore novice à cette époque, les prédictions qu'on va lire.

Il prédit l'entière suppression de la Compagnie de Jésus comme signal et commencement de tous les malheurs qui menaçaient l'Europe. Il annonça les bouleversements de la révolution française et les exécutions des têtes couronnées des plus grandes maisons du Royaume. Puis il ajouta :

II y aura ensuite une réaction que l'on prendra pour la contre-révolution, cela durera ainsi pendant quelques années.

On croira la révolution consommée, mais ce ne sera qu'un replâtrage, un habit mal cousu.

Il n'y aura pas de schisme, mais l'Église ne triomphera pas encore.

Il y aura de nouveaux troubles en France. Un nom odieux à la France sera placé sur le trône. Un d'Orléans sera roi. Ce ne sera qu'après cette usurpation que se fera la contre-révolution. Elle ne se fera point par les étrangers.

II se formera en France deux partis qui se feront une guerre à mort. L'un sera beaucoup plus nombreux que l'autre, mais ce sera le plus faible qui triomphera.

Il y aura alors un moment si affreux qu'on se croira à la fin du monde. Le sang ruissellera dans plusieurs grandes villes : les éléments seront soulevés, ce sera comme un petit jugement.

Il périra dans cette catastrophe une grande multitude, mais les méchants ne prévaudront point. Ils auront bien l'intention de détruire entièrement l'Église ; le temps ne leur en sera pas donné.

Car cette horrible période sera de courte durée. Au moment où l'on croira tout perdu, tout sera sauvé.

On sera près de cette catastrophe lorsque l'Angleterre commencera à s'ébranler. On le saura à ce signe, comme on sait l'approche de l'été quand le figuier commence à bourgeonner.

L'Angleterre, à son tour, éprouvera une révolution plus terrible que la révolution française, et elle durera assez longtemps pour que la France ait le temps de se rasseoir. Ce sera la France qui aidera l'Angleterre au rétablissement de la paix.

Lorsqu'on sera prêt de ces événements qui doivent amener le triomphe de l'Église..., le désordre sera si complet qu'on y connaîtra plus rien.

Quand viendra le moment de la dernière crise, il n'y aura rien à faire que de demeurer où Dieu nous aura placés, se renfermer dans son intérieur et prier, en attendant le passage de la colère et de la justice divines.

A la suite de ces affreux événements, tout rentrera dans l'ordre, justice sera faite à tout le monde, la contre-révolution sera consommée. Alors, le triomphe de l'Église sera tel qu'il n'y en aura jamais eu de semblable. Les heureux chrétiens qui auront survécu... remercieront Dieu de les avoir réservés pour contempler un triomphe si complet de l'Église.

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Sœur de la Nativité

Jeanne Le Rayer naquit à la Chapelle-Janson, village situé dans les environs de Fougères, le 24 janvier 1731. Devenue orpheline à 20 ans, elle entra au couvent des Franciscaines Urbanistes de Fougères, où elle prononça ses vœux vers 1755, sous le nom de «Sœur de la Nativité».

Elle commença de bonne heure à dicter ses révélations à ses directeurs spirituels, car elle ne savait pas écrire ; mais par un scrupule religieux, elle fît brûler les premières copies. Ce n'est qu'en 1790 que le Père Genêt, aumônier du couvent, commença, sous sa dictée, un nouveau recueil de ses révélations. Il parvint jusqu'au quatrième volume, mais les persécutions religieuses des révolutionnaires vinrent et il ne put continuer. Sœur de la Nativité mourut en 1798.

Voici ce qu'un de ses directeurs disait d'elle : «Je voudrais qu'il fût permis à la Sœur de la Nativité de monter en chaire, surtout les jours où l'Église célèbre les Grands Mystères de la religion. Personne n'est en état d'en parler comme elle. Sans jamais avoir étudié la théologie, elle possède à merveille tous les traités. Je voudrais surtout que nos pécheurs puissent l'entendre parler comme elle le fait de Dieu et de sa Miséricorde!»

Après ses communions, Sœur de la Nativité était presque toujours ravie en extase.

J'entendis un jour une voix qui disait : La nouvelle Constitution paraîtra à plusieurs tout autre qu'elle est. On la bénira comme un présent du ciel, quoiqu'elle ne soit qu'un présent de l'enfer, permis par le ciel dans sa juste colère. Ce ne sera que par ses effets qu'on sera forcé de reconnaître le Dragon qui voulait tout détruire et tout dévorer !

Je vis une nuit plusieurs ecclésiastiques, leur air sévère et hautain semblait exiger les honneurs de tous ; ils forçaient les fidèles à les suivre. Dieu m'ordonna de leur résister en face : «Ils ne sont plus, me dit Jésus-Christ, en droit de parler en mon nom. C'est encore contre mon gré qu'ils exercent des fonctions dont ils ne sont plus dignes.»

Je vis une grande puissance se dresser contre l'Église. Elle pillait, dévastait, saccageait la vigne du Seigneur, la faisant fouler aux pieds par les passants et tourner en dérision par les nations. Ayant vilipendé le célibat et opprimé l'état religieux, elle eut l'effronterie de confisquer les biens de l'Église et de s'arroger les pouvoirs du Saint-Père, dont elle méprisait et la personne et les lois.

J'ai eu une vision. Devant le Père et le Fils, tous deux assis, se présenta l'Église à genoux, sous l'aspect d'une vierge d'une beauté incomparable. Le Saint-Esprit étendit ses ailes étincelantes et sur la Vierge et sur les deux autres personnes. Les plaies du Sauveur paraissaient vivantes. S'appuyant d'une main sur la croix, il présentait de l'autre, à son Père, un calice que la Vierge lui avait donné ; celle-ci soutenait le calice que le Maître tenait par le milieu. Le Père plaça une main sur la coupe et éleva l'autre pour bénir la Vierge...

Je remarquai que le calice n'était qu'à moitié rempli de sang et j'entendis ces paroles dites par le Sauveur au moment de la présentation : «Je ne serai entièrement satisfait qu'au moment où je pourrai l'offrir rempli jusqu'au bord.» J'appris alors que le contenu du calice représentait le sang des premiers martyrs, et que la vision avait trait aux dernières persécutions des chrétiens qui rempliraient le calice en complétant le nombre des martyrs et des prédestinés. Car, à la fin des temps, il y aura autant de martyrs que dans la primitive Église, et même plus, car les persécutions seront alors bien plus violentes. Puis le Jugement dernier ne tardera plus.

Je vois en Dieu que longtemps avant que l'Antéchrist arrive, le monde sera affligé de guerres sanglantes. Les peuples s'élèveront contre les peuples, les nations contre les nations, tantôt unies et tantôts divisés, pour combattre pour ou contre le même parti ; les armées se choqueront épouvantablement et rempliront la terre de meurtres et de carnages.

Ces guerres intestines et étrangères occasionneront des sacrifices énormes, des profanations, des scandales, des maux infinis, par les incursions qu'on fera dans la sainte Église en usurpant ses droits, dont elle recevra de grandes afflictions. Outre cela, je vois que la terre sera ébranlée en différents lieux par des tremblements et des secousses épouvantables. Je vois des montagnes qui se fendent et éclatent avec un fracas terrible. Trop heureux si on était quitte pour le bruit et la peur : Mais non ! Je vois sortir de ces montagnes ainsi séparées et entrouvertes, des tourbillons de fumée, de flammes, de soufre et de bitume, qui réduisent en cendres des villes entières. Tout cela et mille autres désastres doivent précéder la venue de l'homme du péché.

Je vis, dans la lumière du Seigneur, que la foi et la sainte religion s'affaiblissaient dans presque tous les royaumes chrétiens. Dieu a permis qu'ils aient reçu des coups de verge de l'impie, pour les réveiller de leur assoupissement ; et, après que Dieu aura satisfait sa justice, il versera des grâces en abondance sur son Église, et étendra la foi et ranimera la discipline de l'Église dans les contrées où elle était devenue tiède et lâche.

Je vis en Dieu que notre Mère, la sainte Église, s'étendra en plusieurs royaumes, même en des endroits où il y a plusieurs siècles qu'elle n'existe plus. Elle produira des fruits en abondance, comme pour se venger des outrages dont elle aura souffert par l'oppression de l'impiété et par la persécution de ses ennemis.

Je vois tous les pauvres peuples, fatigués des travaux et des épreuves si rudes que Dieu leur a envoyés, tressaillir de la joie et de l'allégresse que Dieu répandra dans leurs bons cœurs. L'Église deviendra par sa foi et par son amour plus fervente et plus florissante que jamais. Cette bonne Mère verra plusieurs choses éclatantes, même de la part de ses persécuteurs qui viendront se jeter à ses pieds, la reconnaître et demander pardon à Dieu et à elle de tous les forfaits et de tous les outrages qu'ils lui ont faits. Elle ne les regardera plus comme ennemis, mais elle les mettra au nombre de ses enfants.

Maintenant, tous les vrais pénitents affluent de tous côtés vers l'Église, qui les reçoit dans son sein... Toute la communauté des fidèles s'épanchera en chants de pénitence et en hymnes d'action de grâce et de louange, à la gloire du Seigneur.

Je vois dans la Divinité une grande puissance, conduite par le Saint-Esprit et qui, par un second bouleversement, rétablira l'ordre.

Je vois en Dieu une assemblée nombreuse des ministres de l'Église, qui soutiendra les droits de l'Église et de son chef, rétablira son ancienne discipline. En particulier je vois deux ministres du Seigneur qui se signaleront dans ce glorieux combat, par la vertu du Saint-Esprit, qui enflammera d'un zèle ardent tous les cœurs de cette illustre assemblée. Tous les faux cultes seront abolis, je veux dire tous les abus de la révolution seront détruits et les autels du vrai Dieu rétablis. Les anciens usages seront remis en vigueur et la religion, du moins à quelques égards, deviendra plus florissante que jamais.

Je vois en Dieu que l'Église jouira d'une profonde paix pendant un temps qui me paraît devoir être assez long. La trêve sera plus longue cette première fois qu'elle ne le sera d'ici au jugement général dans les intervalles des révolutions. Plus on approche du jugement général, plus les révolutions contre l'Église seront abrégées ; et la paix qui se fera ensuite sera aussi plus courte, parce qu'on avancera vers la fin des temps, où il ne restera presque plus de temps à employer, soit pour le juste à faire le bien, soit pour l'impie à opérer le mal.

Notre-Seigneur me dit un jour : «Quelques années avant la venue de mon grand ennemi, Satan suscitera de faux prophètes qui annonceront l'Antéchrist comme le vrai Messie promis et tâcheront de détruire tous les dogmes du christianisme. Et moi, je ferai prophétiser les enfants et les vieillards.» Plus on approche du règne de l'Antéchrist, plus les ténèbres de Satan seront répandues sur la terre, et plus ses satellites feront d'efforts pour faire tomber les fidèles dans leurs filets.

Quand approchera le temps du règne de l'Antéchrist, apparaîtra une fausse religion qui niera l'unité de Dieu et s'opposera à l'Église. L'erreur fera des ravages comme on n'en aura jamais vus.

Un jour que je me trouvais en esprit dans une vaste campagne, toute seule et avec Dieu seul, Jésus-Christ m'apparut et, du sommet d'une éminence, me montrant un beau soleil fixé à un point de l'horizon, il me dit, d'un air triste : «La figure du monde passe et le temps de mon dernier avènement approche. Quand le soleil est à son couchant, on dit que le jour s'en va et que la nuit vient. Tous les siècles sont un jour devant moi : juge donc de la durée que doit avoir le monde par l'espace qui reste encore au soleil à parcourir.»

Je considérai attentivement et je jugeai qu'il ne restait au plus qu'environ deux heures au soleil. Jésus dit : «N'oublie pas qu'il ne faut pas parler de mille ans pour le monde, il n'a plus que quelques siècles en petit nombre de durée.»

Mais, je vis qu'il se réservait à lui-même la connaissance précise de ce nombre et je ne fus pas tentée de lui en demander davantage sur cet objet, contente de savoir que la paix de l'Église et le rétablissement de la discipline devaient durer un temps assez considérable.»

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Une religieuse inconnue

Cette prophétie présente, quant à son texte, tous les caractères de l'authenticité : la gravité du style, la densité de l'expression, le ton pressant de l'avertissement ; tout y est. Et pourtant l'origine en est inconnue. Adrien Péladan l'a insérée dans son Nouveau Liber Mirabilis, en indiquant seulement qu'elle émane d'une religieuse et en donnant sa date, 1816. Novaye et Savigny l'ont reproduite aussi dans leur recueil intitulé "Demain", sans fournir plus de détails. C'est là que nous la prenons.

Notre-Seigneur apparaissant à la religieuse, lui dit :

J'ai encore des vues de miséricorde sur la France ; je lui donnerai un roi selon mon cœur et ma volonté. Il aura en partage, la douceur, la sagesse et la sévérité. Je lui rendrai tout facile et tous se rendront à ses volontés. Il fera tout rentrer dans le devoir et dans l'ordre...

Je lui donnerai toute puissance sur la terre, et il marchera à ma droite jusqu'à ce que je réduise ses ennemis à le servir. Et le sceptre lui sera donné pour défendre l'autel et le trône ; et ses ennemis trembleront au jour de sa force. Il sera le roi fort et marchera avec le Pape saint...

Elle refleurira, cette religion sainte. Mais ce ne seront ni le Pape ni le roi actuellement régnants qui la feront refleurir, mais un roi selon mon cœur.

Il fera de grandes choses avec un Pape que je donnerai à mon Église dans ma miséricorde.

Ce n'est qu'à eux qu'il sera donné de rétablir les affaires de l'Église.

Le nouveau Pape sera un grand personnage et d'une grande sainteté. Par ses exemples, par ses soins et de concert avec le Grand Monarque qui sera selon mon cœur, ils feront de grandes choses pour la religion et plusieurs nations rentreront dans le sein de l'Église.

Ces lignes sont certainement extraites d'un texte plus important. Un dernier alinéa fait allusion aux troubles qui doivent précéder le rétablissement de la paix dont il vient d'être question. Ce n'est plus Notre Seigneur qui parle, mais la religieuse elle-même :

Je vis de grands troubles dans Paris, Lyon et Genève.

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Sœur Anne-Catherine Emmerich

Anne-Catherine Emmerich est née en 1774, dans un petit village de Westphalie. Elle était donc âgée de quinze ans au début de la Révolution française. Elle devint religieuse au couvent des Augustines de Dûlmen. Elle est morte dans ce même couvent en 1824, après une extraordinaire existence de victime et de visionnaire. Une abondante littérature a été écrite sur ses extases.

Elle eut pour principal secrétaire de ses visions un écrivain romantique allemand, Clément von Brentano (1777-1844) ; c'est lui qui a écrit, en collaboration avec Arnim, le recueil de légendes qui s'intitule Le Cor Merveilleux des Enfants et qui est si connu en Allemagne. H est aussi Fauteur de plusieurs œuvres dramatiques et de nouvelles. Le style dont il use est plein d'une vive imagination et d'une bizarrerie systématique ; il est trop souvent obscurci par un mysticisme subtil.

La personnalité de Brentano n'a pas manqué de poser des problèmes aux biographes de A.-C. Emmerich puisque c'est lui qui rédigeait les comptes rendus des visions. Il était protestant de par ses parents et il avait fréquenté des milieux littéraires où l'«Aufklârung», c'est-à-dire l'illuminisme, était en grande faveur. Et la sœur Augustine a dû opérer sur lui, avant de l'accepter comme secrétaire, un véritable travail de conversion. Et elle semble y être parvenue. Elle parlait même de lui au cours de ses visions et elle l'appelait «le pèlerin».

G. Dirheimer, professeur au lycée Hoche, a attentivement étudié les conditions dans lesquelles Clément von Brentano prenait ses notes et comment il les mettait en ordre par la suite : «Anne-Catherine, écrit-il, se montrait très sévère sur les comptes rendus du pèlerin. Celui-ci alors s'appliquait à faire de son mieux et A.-C. rend plusieurs fois témoignage à son zèle scrupuleux.» — La voyante, pour sa part, a fait cette déclaration : «Il n'écrit pas ainsi de lui-même, il a pour cela une grâce particulière. Nul autre ne pourrait le faire comme lui ; on croirait qu'il a eu lui-même les visions.»

Dans leur grande majorité, les visions de A.-C. Emmerich sont d'ordre historique. Elle a revu en esprit, et exprimé dans leurs détails, des scènes de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la Sainte Vierge. Ses narrations cependant sont moins précises que celles de Marie d'Agreda ; elles laissent une impression vaporeuse et floue. Cela tient, disent les spécialistes, à ce qu'elles sont d'une haute teneur symbolique. Les visions de Sœur Catherine, même quand elles reproduisaient des scènes historiques, étaient chargées d'une riche signification allégorique.

Quant à ses visions prophétiques elles sont peu nombreuses ; voici celles qui sont le plus souvent reproduites :

Je crus apercevoir une grande ville qui était particulièrement adonnée au vice et dont le sol était tout miné. Une multitude de démons y activaient l'œuvre de la destruction. Leur travail souterrain était déjà fort avancé et la cité me parut sur le point de s'effondrer aux endroits où s'élevaient les grands édifices. Je me suis souvent laissée aller à penser que Paris était menacé d'une ruine inévitable. J'y vois tant de cavernes souterraines, mais elles ne sont pas ornées de statues comme les catacombes de Rome...

... Je reconnus, au milieu de cette désolation, Rome et les calamités qui affligeaient l'Église et la faisaient décliner, tant en dedans qu'au-dehors.

Puis, j'aperçus de grandes masses affluer, de diverses contrées, vers un même lieu où l'on combattait à outrance.

A cet endroit, au centre du champ de bataille, apparaissait un point noir d'une certaine étendue, semblable à un abîme vertigineux autour duquel les rangs s'éclaircissaient de plus en plus, comme si les combattants y étaient précipités sans que personne ne se doutât de rien.

En même temps, je revis, parmi toutes ces ruines, les douze hommes (douze missionnaires) dispersés, sans lien mutuel entre eux, dans autant de pays différents. L'eau vive de la grâce leur arrivait comme par rayons. Ils la distribuaient habilement à droite et à gauche, sans savoir d'où elle venait... Ils récupéraient, avec l'aide de Dieu, tout ce qui s'était perdu et ils ne travaillaient qu'à la bonne cause en toutes leurs entreprises. Ils étaient tous catholiques.

J'aperçus aussi, dans les rangs ténébreux des corrupteurs, des faux prophètes... qui combattaient les écrits de ces douze nouveaux apôtres.

Souvent ceux-ci disparaissaient dans la lutte, mais pour reparaître bientôt avec plus d'éclat...

Pendant que les rangs des combattants s'éclaircissaient de plus en plus autour de l'abîme et que toute une cité disparaissait dans la lutte, le parti des douze hommes apostoliques avait grandi en proportion. Et de l'autre cité (c'est-à-dire de Rome, la vraie cité de Dieu) un éclair foudroyant vint fondre sur l'abîme ténébreux.

Je vis, en même temps, planer au-dessus de l'Église amoindrie et humiliée, une Dame Auguste. La lumière rayonnait autour d'elle, et se répandait graduellement à travers l'épaisseur des ténèbres. Partout où pénétraient ses rayons, la terre se renouvelait et devenait florissante. Les nouveaux apôtres se rassemblaient sous ces rayons. Tout était devenu florissant.

Je vis un nouveau Pape qu'embrasait le zèle de la maison de Dieu. Le sombre abîme se rétrécit de plus en plus et enfin l'ouverture en devint si étroite qu'un seau d'eau aurait pu la couvrir.

Avant que disparut la vision, j'aperçus encore trois multitudes (trois peuples sans doute) opérer leur réunion à la lumière. Désormais tout était renouvelé.

Au cours des visions qui retraçaient la vie de Notre-Seigneur, Sœur Catherine assista un jour à la délivrance d'un jeune homme possédé du démon. C'était à une lieue environ de Béthanie. On amena le jeune homme dans la maison de ses parents. Le Seigneur ordonna à tous les assistants de sortir et de le laisser seul avec le possédé. Puis il pria et commanda plusieurs fois au démon de quitter cet homme. La voyante aperçut alors, sortant de la bouche du possédé, un tourbillon de vapeur noire qui se dissipa dans l'air. Dans cette vapeur, elle distingua trois volutes entrelacées de noirceurs différentes, formant des sortes de nœuds. Ces nœuds se mirent à évoluer et devinrent des sphères dans lesquelles on apercevait nettement des jardins fréquentés par des hommes. Ces sphères devinrent comme des mondes distincts dans lesquels s'élevaient trois «Églises de ténèbres».

Dans la sphère ténébreuse la plus basse, je vis un culte abominable rendu au démon, et en guise d'autel un monticule, derrière lequel était un trou où d'énormes bûches entretenaient un brasier ardent. La flamme y était d'un rouge sombre, et la fumée se dirigeait en bas vers la terre. Toutes les cérémonies, toutes les prières semblaient se diriger en bas. J'aperçus là une espèce de sanctuaire et comme un sacrifice. Mais ce n'était qu'outrages, profanations, abominations et infamies. Il y avait tout un cérémonial en l'honneur du démon.

Je vis aussi des fils réunir toutes ces âmes, de sorte que l'un savait et voyait ce qui concernait l'autre. Il y avait, dans ces fils, des canaux spirituels, comme des oiseaux noirs, qui allaient et venaient pour établir des communications. Je vis ces personnages communiquer des maladies aux hommes et leur faire toute espèce de mal. Ils appartenaient à toutes les contrées ; il y en avait malheureusement de notre temps et de notre pays ; surtout on rencontrait parmi eux beaucoup de Juifs des pays étrangers. Tout compris, ils ne formaient pas un groupe bien nombreux. Ils agissaient mystérieusement et dans les ténèbres, et toutes leurs œuvres n'étaient que folies, abominations et méchancetés, sans aucun profit pour eux-mêmes.

Je vis, dans l'enceinte de cette Église infernale, se produire la fornication, et meurtre et toutes sortes d'abominations : c'étaient là les bonnes œuvres des adorateurs du démon, et je reconnus que tous ceux qui s'adonnent à de tels forfaits appartiennent, sans le savoir, à cette Église diabolique.

Dans l'enceinte de la seconde sphère, il y avait aussi une Église, avec des mystères : c'étaient comme des associations secrètes. Je n'y vis pas le démon en personne, et on n'y pratiquait pas son culte proprement dit ; je n'y vis pas non plus de si abominables choses pratiquées volontairement ou par malice. On s'y occupait de sciences occultes, et l'on cherchait à pénétrer les secrets de la nature. On faisait de l'or, on frappait la terre avec une baguette dont le bout était dentelé, on portait des amulettes et des anneaux sur lesquels étaient gravées des lettres ; on célébrait certaines fêtes, on tirait les cartes, on conjurait la fièvre, on guérissait par des moyens bizarres. J'ai vu là mille choses extraordinaires, destinées en apparence à contribuer au bien-être extérieur des hommes ; mais il y avait au fond le culte secret du démon, le désir de guérir sans renoncer au péché, comme source de la mort et des maladies, le secours demandé, non à Jésus et à son Église, mais à la nature déchue. Ces guérisons étaient d'ailleurs apparentes et pleines de dangers ; ce qui me fut montré par des symboles, comme celui d'un trou couvert de papier pour qu'on ne le voit pas.

La troisième sphère présentait un autre aspect, et c'était pourtant la même chose, mais à un degré différent. Ici encore il y avait une Église au centre : c'était simplement la franc-maçonnerie et des choses de ce genre. Il n'était question ici que de bienfaisance sans Jésus-Christ, de lumières en-dehors de la vraie lumière, de science sans Dieu, de bonne chair, de vie commode... etc. Les gens de ce cercle se croyaient bien au-dessus de ceux des deux autres, et s'imaginaient travailler contre eux, tandis qu'ils ne luttaient que contre la religion, et laissaient grandir les deux autres Églises, dans le sol desquelles ils avaient leurs racines.

Ces trois royaumes étaient liés ensemble par de triples canaux, et par une foule de lignes et de rayons qui les mettaient en rapport. Tous les gens qui les composaient se donnaient beaucoup de peine, mais ce qu'ils produisaient n'était qu'erreur, aveuglement, misère et désespoir. Leurs guérisons n'étaient que des palliatifs, qui souvent augmentaient le mal en le déplaçant. Je vis, dans les deux derniers cercles, un grand nombre de savants.

On a depuis longtemps remarqué que les écrits de Catherine Emmerich contenaient des erreurs archéologiques, chronologiques et même théologiques. Il est possible en effet que la part de l'imagination humaine ne soit, dans ses écrits, plus grande qu'il ne le faudrait. Cependant on trouve aussi chez elle des vues très profondes sur les forces spirituelles en présence dans le monde moderne, vues dans lesquelles on peut légitimement supposer une inspiration divine et dont nous pensons que l'on aurait tort de se priver.

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L'abbé Voclin

L'abbé Voclin était curé de la paroisse Saint-Jacques, à Amiens, pendant la période de la première Restauration. En 1827, il a fait la prophétie que nous reproduisons ci-dessous. Il l'a d'abord énoncée oralement ce qui explique son aspect un peu morcelé.

... Souvenez-vous que d'ici deux ou trois ans une révolution éclatera. La crise ne sera pas longue, mais il y aura beaucoup de sang versé. La religion en souffrira.

Le règne du nouveau potentat durera assez longtemps. Mais avant 1850 éclatera un autre bouleversement : il semblera venir d'un mot. La République sera proclamée ; mais pour un bref délai.

Plus tard se déclenchera un plus terrible cataclysme. On parlera beaucoup d'argent. Il se produira des écrits abominables contre la religion. D'ardentes disputes auront lieu entre les écrivains de sentiments opposés.

Des ruisseaux de sang couleront dans les diverses parties de la France. La Seine coulera des ondes rougies jusqu'à la mer. Paris sera rempli de meurtres.

Le Nord sera rudement éprouvé ; mais Amiens souf­frira peu, étant spécialement protégé par la Sainte Vierge.

Pendant cette crise affreuse, les Églises seront fermées par ordre ou par prudence. Ces malheurs se prolongeront trois mois. Il y aura un moment si lugubre que tout semblera perdu.

Mais un miracle que personne ne pourra révoquer en doute s'accomplira. Les méchants seront écrasés. Beaucoup se convertiront.

Un roi selon le cœur de Dieu montera sur le trône. Son règne sera long. La France sera prospère, la religion en honneur. Après peut-être un siècle de bonheur, les hommes se pervertiront encore : ce sera la fin des temps.

Nous pouvons noter dès maintenant que l'abbé Voclin est l'un des voyants chez qui l'on retrouve l'idée du «tout semblera perdu» qui revient si fréquemment dans les prophéties modernes.

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Sœur Catherine Labouré

L'apparition de la rue du Bac 1830

Sœur Catherine Labouré naquit dans la Côte d’Or, le 2 mai 1806 à Fain-les-Moutiers. Elle ne fréquenta jamais aucune école. Elle n'apprit à lire et à écrire qu'après son entrée chez les sœurs de la Charité. Ses parents eurent dix-sept enfants, dont dix seulement vécurent. Catherine était âgée de cinq ans quand sa mère mourut. Elle fut envoyée chez une tante où elle vécut deux ans. Sa sœur aînée, Marie-Louise, entra chez les Filles de la Charité. Elle-même mena de bonne heure une vie très pieuse.

Quand elle demanda à son père f autorisation d'entrer elle aussi chez les Filles de Saint-Vincent, il refusa et l'envoya aider un oncle à l'exploitation d'un restaurant ouvrier à Paris. Après une série de tâtonnements, elle entre à son tour au «Séminaire» des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, le 21 avril 1830, à Paris, rue du Bac. Elle est morte le 31 décembre 1876.

La bienheureuse Catherine Labouré fut béatifiée en 1933. La Sainte Vierge lui apparut pour la première fois dans la chapelle de la rue du Bac, à Paris, en 1830.

C'est dans ce sanctuaire qu'elle reçut la révélation de la Médaille Miraculeuse. Le symbolisme de cette série d'apparitions est extrêmement dense ; nous n'en avons retenu, dans ce recueil, que la partie prophétique.

Voici, d'après les notes de Catherine Labouré, les paroles prononcées par la Sainte Vierge au cours de l'apparition de la nuit du 18 au 19 juillet 1830.

Mon enfant, le Bon Dieu veut vous charger d'une mission ; vous aurez bien de la peine, mais vous surmonterez cette peine, en pensant que vous le ferez pour la gloire du Bon Dieu. Vous connaîtrez ce qui est du Bon Dieu ; vous en serez tourmentée, jusqu'à ce que vous l'ayez dit à celui qui est chargé de vous conduire. Vous serez contredite, mais vous aurez la grâce, ne craignez point ; dites avec confiance tout ce qui se passe en vous, dites-le avec simplicité, ayez confiance, ne craignez point.

Vous verrez certaines choses, rendez compte (de) ce que vous verrez et entendrez. Vous serez inspirée dans vos oraisons. Rendez-en compte (et de) ce que je vous dis (et de) ce que vous verrez dans vos oraisons.

Les temps sont très mauvais, les malheurs viendront fondre sur la France, le trône sera renversé, le monde entier sera renversé (bouleversé) par des malheurs de toutes sortes. (La Sainte Vierge avait l'air très peinée en disant cela). Mais, venez au pied de cet autel, là, les grâces seront répandues... sur toutes les personnes qui les demanderont, grands et petits, des grâces seront répandues particulièrement sur les personnes qui les demanderont...

... La communauté jouira d'une grande paix, elle deviendra grande.

Mais, de grands malheurs arriveront, le danger sera grand. Cependant, ne craignez point, dites de ne pas craindre, la protection de Dieu est toujours là, d'une manière toute particulière, et saint Vincent vous protégera (la Sainte Vierge était toujours triste).

Mais, je serai moi-même avec vous. J'ai toujours l'oeil sur vous, je vous accorderai beaucoup de grâces... Le moment viendra (où) le danger sera grand ; on croira tout perdu ; là, je serai avec vous, ayez confiance. Vous reconnaîtrez ma visite, la protection de Dieu sur la communauté, et de saint Vincent sur les deux communautés. Ayez confiance, ne vous découragez pas, là, je serai avec vous.

Mais il n'en (sera) pas de même des autres communautés ; il y aura des victimes (la sainte Vierge avait les larmes aux yeux en disant cela). Pour le clergé de Paris, il y aura des victimes.  Monseigneur l'Archevêque (à ce mot les larmes de nouveau).

Mon enfant, la Croix sera méprisée, on la mettra par terre ; le sang coulera, on ouvrira de nouveau le côté de Notre-Seigneur ; les rues seront pleines de sang ; Monseigneur l'Archevêque sera dépouillé de ses vêtements (ici, la Sainte Vierge ne pouvait plus parler, la peine était peinte sur son visage). Mon enfant, disait-elle, le monde entier sera dans la tristesse. A ces mots, je pensais quand est-ce (que ce) sera ? J'ai très bien compris quarante ans.

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Sainte Anna-Maria Taïgi

Anna-Mario Taïgi naquit en 1769. Elle se maria à Rome où elle vécut et mourut en 1837. Elle s'offrit à Dieu en victime et souffrit beaucoup.

Le Seigneur lui donna de bonne heure le don de prophétie. Elle fut tertiaire de f ordre de la Sainte Trinité.

Dieu enverra un double châtiment : l'un part de la terre, à savoir des guerres, des révolutions et d'autres maux ; l'autre part du ciel, à savoir une obscurité épaisse. Celle-ci empêchera de voir quoi que ce soit. Cette obscurité sera accompagnée d'une infection dans l'air, ce qui fera périr sinon exclusivement, du moins principalement, les ennemis de la religion. Des ténèbres pestilentielles, peuplées de visions effroyables, envelopperont la terre pendant trois jours. L'air sera alors empesté par des démons qui apparaîtront sous toutes sortes de formes hideuses. Tant que durera l'obscurité, il sera impossible de faire de la lumière. Seuls, les cierges bénis se laisseront allumer et pourront éclairer. Les cierges bénis préserveront de la mort, ainsi que les prières à la Sainte Vierge et aux saints Anges. Quiconque ouvrira la fenêtre par curiosité et regardera dehors ou bien sortira de sa maison, tombera aussitôt raide mort. En ces jours-là, tous doivent rester chez eux, réciter le rosaire et implorer la miséricorde divine. Tous les ennemis de l'Église, cachés ou apparents, périront pendant les ténèbres, à l'exception de quelques-uns que Dieu convertira bientôt après. Le fléau de la terre a pu être mitigé par les prières, mais non celui du ciel, qui sera épouvantable et universel.

Après les ténèbres, saint Pierre et saint Paul descendront des cieux, prêcheront dans tout l'univers et désigneront le Pape. Une grande lumière, jaillissant de leurs personnes, ira se déposer sur le cardinal futur Pape.

Saint Michel Archange, paraissant sur la terre sous forme humaine, tiendra les démons enchaînés jusqu'à l'époque de la prédication de l'Antéchrist.

Le Pontife, choisi selon le cœur de Dieu sera assisté par lui de lumières toutes spéciales. Son nom sera vénéré dans tout le monde et applaudi par les peuples. Il est le Pontife saint, destiné à soutenir la tempête. Le bras de Dieu le soutiendra et le défendra contre les impies, lesquels seront humiliés et confondus. Il aura à la fin le don des miracles.

Des nations entières reviendront à l'unité de la foi et la face de la terre sera renouvelée... En ces temps-là, la religion chrétienne se répandra partout et il n'y aura plus qu'un Pasteur. La Russie et l'Angleterre se soumettront, la Chine se convertira.

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Sœur Marianne

La vie de Sœur Marianne est peu connue. Elle fut tourière au couvent des Ursulines de Blois. En 1804, quelques années avant de mourir, elle confia oralement ses prophéties à Mlle de Leyrette, une jeune novice, qui venait d'entrer au couvent et qui devint plus tard la Mère Providence. Celle-ci ne les a jamais rédigées par écrit et on n'en possède que des versions écrites de mémoire à la suite de conversations avec elle.

Dès 1804, Sœur Marianne avait prédit la déchéance de Napoléon et son retour offensif de trois mois.

La Sœur Marianne a parlé d'un orage qui dépassera les proportions connues, mais la Mère Providence a ajouté quelquefois qu'elle ne pouvait pas dire avec certitude si ce sera dans Tordre physique ou dans l'ordre moral. Cet orage ressemblerait à un petit jugement dernier :

Tous les hommes partiront, on les fera partir par bandes petit à petit ; il ne restera que les vieillards.

Que ces troubles seront effrayants !

Pourtant, ils ne s'étendront pas dans toute la France, mais seulement dans quelques grandes villes où il y aura des massacres et surtout dans la Capitale, où ils seront grands.

Tant qu'on priera, il n'arrivera rien, mais il viendra un moment où l'on cessera de faire des prières publiques ; on dira : «les choses vont rester comme cela». C'est alors qu'auront lieu les événements. Néanmoins, les prières particulières ne cesseront pas.

Il faudra bien prier, car les méchants voudront tout détruire. Avant le grand combat, ils seront les maîtres ; ils feront tout le mal qu'ils pourront, non tout ce qu'ils voudront, parce qu'ils n'en auront pas le temps.

Ce grand combat sera entre les bons et les méchants ; il sera épouvantable.

Les bons étant moins nombreux seront un moment sur le point d'être anéantis, mais, ô puissance de Dieu ! tous les méchants périront et beaucoup de bons.

Il y aura des choses telles que les plus incrédules seront forcés de dire : «le doigt de Dieu est là».

Pendant quelque temps, on ne saura plus à qui l'on appartiendra ; mais ce ne sera pas celui qu'on croira qui régnera ; ce sera le sauveur accordé à la France et sur lequel elle ne comptait pas.

Vous chanterez un Te Deum. Ce sera un Te Deum comme on n'en a jamais chanté.

Le triomphe de la religion sera tel que l'on n'a jamais rien vu de semblable ; toutes les injustices seront réparées : les lois civiles seront mises en harmonie avec celles de Dieu et de l'Eglise. L'instruction donnée aux enfants sera éminemment chrétienne. Les corporations d'ouvriers seront rétablies.

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Mère Marie de Jésus

Mère Marie de Jésus est une religieuse du couvent des Oiseaux de Paris. Elle naquit en 1797.

Après une vie d'expiation, de contemplation et de prières, elle mourut en 1854. Elle eut de nombreuses visions au cours desquelles le Seigneur lui parla de l'amour que son cœur a pour nous.

Le 21 juin 1823, le Sacré-Cœur, qui apparaissait à Mère Marie de Jésus, s'exprima ainsi :

La France est toujours bien chère à mon cœur, et elle lui sera consacrée.

Mais il faut que ce soit le roi lui-même qui consacre sa famille, sa personne et tout son royaume à mon divin Cœur et qu'il lui fasse élever un autel comme on en a élevé un, au nom de la France, en l'honneur de la Sainte Vierge.

Je prépare à la France un déluge de grâces, lorsqu'elle sera consacrée à mon divin Cœur, et toute la terre se ressentira des bénédictions que je répandrai sur elle. La foi et la religion refleuriront en France par la dévotion à mon divin Cœur.

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La religieuse de Bellay

Cette religieuse dicta ses prophéties entre 1810 et 1830. Le médecin qui la soignait transmit ces textes au Père Fulgence, aumônier de la trappe de Notre-Dame des Gardes, près d'Angers. Il en a été publié des coupures incomplètes et par conséquent différentes.

Ils semblent triompher encore les insensés, ils se rient de Dieu ; les temples sont fermés, les ministres fuient ; le Saint Sacrifice cesse.

Malheur, malheur à la cité corrompue !

Des cris retentissent de toutes parts : «Vive la République ! - Vive Napoléon ! - Vive Henri ! - Vive Louis ! quelle confusion ! Le feu, le sang, la faim, tout l'enfer.

Trois fois malheur à la cité du sang ! malheur à la cité de l'hérésie ! malheur à la cité du crime !

Les méchants veulent tout détruire ; leurs livres, leurs doctrines inondent le monde.

Le jour de la justice est venu. Je vois, à l'aspect de celui que l'on a méconnu, le monde fléchir et tomber.

Un ministre du Très-Haut le soutient ; ce ministre vient d'être oint de l'huile sainte. Dieu les accompagne. Voilà votre roi. Il paraît au milieu de la confusion de l'orage. Quel affreux moment : les bons, les méchants tombent, Babylone est réduite en cendres ; malheur à toi, ville maudite !

Il y eut en même temps une grande bataille, si furieuse qu'on n'en avait jamais vu de pareille. Le sang coulait comme une forte pluie, surtout du sud au nord, car l'ouest paraissait plus calme. Les méchants voulaient exterminer tous les serviteurs de la religion de Jésus-Christ. Ils en avaient abattu un grand nombre et criaient déjà victoire, lorsque soudain les bons furent encouragés par un secours qui leur venait d'En-Haut, et les méchants confondus et vaincus.

Un saint lève les mains vers le ciel ; il apaise la colère divine. Il monte sur le trône de saint Pierre. Le Grand Monarque monte sur celui de ses pères. Tout s'apaise à leurs voix. Les autels se relèvent. La religion renaît. Les méchants sont détruits et confondus. Les injustices se réparent. Le Grand Monarque, de sa main réparatrice, a tout sauvé.

La durée de tous ces bouleversements ne dépassera pas trois mois, et la grande crise, dans laquelle les bons doivent triompher, sera courte. Ces événements se produiront lorsque les méchants auront répandu un grand nombre de mauvais livres. Mais, dès qu'ils seront passés, l'ordre sera rétabli de nouveau et les injustices, de quelques natures qu'elles soient, seront réparées.

Ce sera chose facile, parce que la majorité des méchants périra dans la grande lutte et les survivants seront si terrifiés par le châtiment des autres qu'ils ne pourront pas ne pas voir le doigt de Dieu et adorer sa toute puissance. Plusieurs se convertiront. Puis la religion refleurira de la façon la plus admirable. J'ai vu, sous ce rapport, des choses si belles, qu'il m'est impossible de les raconter.»

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Sœur Marie Lataste

Marie Lataste est née en 1822 à Mimbaste. Avant même d'entrer au couvent, elle fut gratifiée de visions, surtout lors de ses visites au Saint-Sacrement. Elle entra dans la congrégation des Religieuses du Sacré-Cœur. Elle mourut en 1847. Ses prophéties ont été publiées en 1862.

Voilà des paroles que Jésus a prononcées, écrit Marie Lataste.

Le premier roi, le premier souverain de la France, c'est moi. Je suis le maître de tous les peuples et de toutes les nations, de tous les royaumes, de tous les empires et de toutes les dominations. Je suis particulièrement le maître de la France.

Je lui donne prospérité, grandeur et puissance au-dessus de toutes les autres nations, quand elle est fidèle à écouter ma voix. J'élève ses princes au-dessus de tous les autres princes du monde, quand ils sont fidèles à écouter ma voix. Je bénis ses populations plus que toutes les autres populations de la terre, quand elles sont fidèles à écouter ma voix.

J'ai choisi la France pour la donner à mon Église comme sa fille de prédilection. A peine avait-elle plié sa tête sous mon joug, qui est suave et léger, à peine avait-elle senti le sang de mon cœur tomber sur son cœur, pour le régénérer, pour la dépouiller de sa barbarie, et lui communiquer ma douceur et ma charité, qu'elle devint l'espoir de mes Pontifes et bientôt après leur défense et leur soutien. Ils lui donnèrent le nom bien mérité de fille aînée de l'Église.

Or, tout ce qu'on a fait à mon Église, je le regarde comme fait à moi-même. Si on l'honore, je suis honoré en elle ; si on la défend, je suis défendu en elle, si on la trahit, je suis trahi en elle ; si on répand son sang, c'est mon sang qui coule par ses veines.

Eh bien, ma fille, je le dis à l'honneur et à la gloire de votre patrie, pendant des siècles la France a protégé mon Église, elle a été mon instrument plein de vie, le rempart indestructible et visible que je lui donnais, pour la protéger contre ses ennemis. Du haut du ciel, je la protégeais, elle, ses rois et leurs sujets.

Que de grands hommes elle a produits, c'est-à-dire que de saints dans toutes les conditions, sur le trône, comme dans les plus humbles chaumières ! Que de grands hommes elle a produits, c'est-à-dire, que d'intelligences amies de l'ordre et de la vérité ! Que d'esprits uniquement fondés, pour leur action, sur la justice et la vérité ! Que d'âmes embrasées du feu brûlant de la charité ! C'est moi qui lui ai donné ces hommes, qui feront sa gloire à jamais.

Ma générosité n'est point épuisée pour la France : J'ai les mains pleines de grâces et de bienfaits, que je voudrais répandre sur elle. Pourquoi a-t-il fallu, faut-il encore et faudra-t-il donc que je les arme de la verge de ma justice ?

Quel esprit de folle liberté a remplacé dans son cœur, l'esprit de la seule liberté véritable, descendue du ciel, qui est la soumission à la volonté de Dieu.

Quel esprit d'égoïsme sec et plein de froideur a remplacé dans son cœur l'esprit ardent de la charité, descendue du ciel qui est l'amour de Dieu et du prochain !

Quel esprit de manœuvres injustes et de politique mensongère a remplacé dans son cœur la noblesse de sa conduite et la droiture de sa parole, conduite et parole autrefois dirigées par la Vérité, descendue du ciel, qui est Dieu lui-même.

Je vois encore, je verrai toujours dans le royaume de France, des hommes affamés de charité, des hommes amis de la vérité ; mais à cette heure, ma fille, le nombre en est petit.

Aussi, elle brise le trône de ses rois ; elle exile, rappelle, exile encore ses monarques ; elle souffle sur eux le vent des tempêtes révolutionnaires.

Je lui ai suscité des rois, elle en a choisi d'autres à son gré.

N'a-t-elle point vu, ne voit-elle pas que je me sers de sa volonté pour la punir, pour lui faire lever les yeux vers moi ? Ne trouve-t-elle pas aujourd'hui le joug de son roi pénible et onéreux ? Ne se sent-elle pas humiliée devant les nations ? Ne voit-elle pas la dérision parmi les esprits de ses populations ?

Elle n'est point en paix. Tout est dans le silence à la surface, mais tout gronde, tout mugit, tout fermente en dessous dans le peuple, parmi ceux qui se trouvent immédiatement au-dessus du peuple, comme parmi les grands.

L'injustice marche la tête levée et semble être revêtue d'autorité. Elle n'a pas d'obstacle ; elle agit comme elle veut agir. L'impiété fait ses préparatifs pour dresser son front orgueilleux et superbe dans un temps qu'elle ne croit pas éloigné et qu'elle veut hâter de tout son pouvoir.

Mais, en vérité, je vous le dis, l'impiété sera renversée, ses projets dissipés, ses desseins réduits à néant à l'heure où elle les croira accomplis et exécutés pour toujours.

France, combien tu es ingénieuse pour irriter et calmer la justice de Dieu. Si tes crimes font tomber sur toi le châtiment du ciel, ta vertu de charité criera vers le ciel : Miséricorde et pitié, Seigneur ! Il te sera donné de voir les jugements de ma justice irritée, dans un temps qui te sera manifeste et que tu connaîtras sans crainte d'erreur. Mais tu connaîtras aussi les jugements de ma compassion et de ma miséricorde et tu diras : Louange et remerciements, amour et reconnaissance à Dieu, à jamais dans les siècles et dans l'Éternité !

Oui ma fille, au souffle de ma bouche, les hommes, leurs pensées, leurs projets, leurs travaux disparaîtront comme la fumée au vent. Ce qui a été pris sera rejeté ; ce qui a été rejeté sera pris de nouveau. Ce qui a été aimé sera détesté et méprisé, ce qui a été méprisé et détesté sera de nouveau estimé et aimé.

Quelquefois, un arbre est coupé dans la forêt ; il ne reste plus que le tronc, mais un rejeton pousse au printemps et les années le développent et le font grandir ; il devient lui-même un arbre magnifique et l'honneur de la forêt.

Priez pour la France, ma Fille, priez beaucoup, ne cessez point de prier.

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Sœur Madeleine Porsat

Madeleine Porsat est une paysanne des environs de Lyon. Elle naquit en 1773.

Dans une chapelle, elle entendait une voix qui lui disait : «Lève-toi mon enfant, va annoncer à mon peuple que voici la fin des temps.»

Madeleine, étonnée, répondit : «Comment cela se fera-t-il ? Je suis la plus pauvre et la plus ignorante du village. — Va, reprit la voix, va mon enfant, je serai avec toi.»

Elle entra aux Clarisses de Lyon. Elle mourut en 1843. Sa prophétie, telle qu'elle la contait à tous, a été recueillie et publiée en mai 1866, dans le Mémorial Catholique.

Écoutez, mes enfants, ce que Marie notre Mère, me charge de vous annoncer :

Voici la fin des temps. Voici la fin du mal et le commencement du bien. Ce n'est pas un événement ordinaire ; c'est une grande époque qui va s'ouvrir, la troisième.

Après le Père qui nous a créés pour le connaître, l'aimer et le servir ; après le Fils qui nous a sauvés, voici que le Père et le Fils, pour nous consoler, nous envoient leur Esprit triomphant avec son épouse Marie.

C'est un grand miracle. Marie vient du ciel. Elle vient avec une légion d'anges...

Je vous ai annoncé, il y a vingt-cinq ans, les sept crises, les sept plaies et douleurs de Marie qui doivent précéder son triomphe et notre guérison :

- Intempéries, inondations.

- Maladies sur les plantes et les animaux.

- Choléra sur les hommes.

- Révolutions.

- Guerres.

- Banqueroute universelle.

- Confusion.

Les cinq premières ont été adoucies, grâce à Marie, qui a retenu le bras de son Fils.

Voici la sixième plaie, la crise du commerce. Le commerce marche à sa fin parce que la roue du char n'a plus son pivot : la confiance.

Entre la sixième crise et la septième, pas de repos ; le progrès sera rapide.

«Quatre-vingt-neuf» n'a renversé que la France ; ce qui vient va être le renversement du monde.

La septième crise aboutira à l'enfantement.

Le monde croira tout perdu, tout anéanti. Trouble immense sur la terre agitée. Tout ce qui n'est pas sur la barque s'engloutit. La barque est violemment ballottée.

Pierre, aie confiance. L'arche sort de la tempête et la tranquillité se fait.

Dans l'Église même, on croira que tout est perdu. Marie arrive et voici la confusion même parmi les prêtres. Mais, malheur ! malheur ! aux mercenaires qui vont du côté du siècle !

Beaucoup de premiers passeront les derniers. Tous les gens de bonne volonté entreront ; tout est possible à Dieu.

Ce pauvre Satan : il croit avoir tout lié contre Dieu et il n'a point lié Marie. Elle va l'attraper et lui écraser la tête sous ses talons.

Marie vient au-devant de l'enfant prodigue ; l'enfant prodigue, c'est vous tous, toute l'humanité.

Satan c'est l'esprit du mal : ses agents dans le monde visible, ce sont les hommes mauvais, adversaires du Christ.

Dans l'adversaire, Marie cherchera l'homme, et lui fera sentir l'épine du mal. Et c'est ainsi que l'homme mauvais, attendri et se tournant vers Marie et vers le bien, sera délivré du mal. Et dès lors, cessant d'être possédé par Satan, il deviendra l'enfant de Dieu.

Voyez-vous ce champ, où il y a, parmi des plantes mauvaises, toutes sortes de blés gâtés, avec quelques beaux épis : c'est la société telle qu'elle est posée dans le mal.

Que faut-il faire de cela ? Il ne faudrait pas laisser perdre les belles âmes. Les belles âmes sont les beaux épis. Eh bien, Marie va venir moissonner les élus de la terre.

Quant aux âmes mauvaises, un grand événement doit les effrayer, pour leur bonheur, Après quoi, la puissante Marie changera toute la société en beaux épis. Tout deviendra bon.

Les Pharisiens seront les derniers. Les grands bandits arriveront avant.

Les Juifs, qui n'ont pas voulu reconnaître Jésus-Christ dans son abaissement, le reconnaîtront dans la venue glorieuse de Marie.»

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L'apparition de La Salette

Le 18 septembre 1846, veille de la sainte apparition de la Sainte Vierge, j'étais seule, comme à mon ordinaire, à garder les quatre vaches de mes maîtres. Vers 11 heures du matin, je vis venir auprès de moi un petit garçon. A cette vue, je m'effrayai, parce qu'il me semblait que tout le monde devait savoir que je fuyais toutes sortes de compagnies. Cet enfant s'approcha de moi et me dit : «Petite, je viens avec toi, je suis aussi de Corps.» A ces paroles, mon mauvais naturel se fit bientôt voir, et, faisant quelques pas en arrière, je lui dis : «Je ne veux personne, je veux rester seule.» Puis, je m'éloignais, mais cet enfant me suivait en me disant : «Va, laisse-moi avec toi, mon maître m'a dit de venir garder mes vaches avec les tiennes ; je suis de Corps.»

Moi je m'éloignai de lui, en lui faisant signe que je ne voulais personne ; et après m'être éloignée, je m'assis sur le gazon. Là, je faisais ma conversation avec les petites fleurs du bon Dieu.

Un moment après, je regarde derrière moi, et je trouve Maximin assis tout près de moi. Il me dit aussitôt : «Garde-moi, je serai bien sage.» Mais mon mauvais naturel n'entendait pas raison. Je me relève avec précipitation, et je m'enfuis un peu plus loin sans rien lui dire, et je me remets à jouer avec les fleurs du bon Dieu. Un instant après, Maximin était encore là à me dire qu'il serait bien sage, qu'il ne parlerait pas, qu'il s'ennuierait d'être tout seul, et que son maître l'envoyait auprès de moi, etc. Cette fois, j'en eus pitié, je lui fis signe de s'asseoir, et moi, je continuai avec les petites fleurs du bon Dieu.

Maximin ne tarda pas à rompre le silence. Il se mit à rire (je crois qu'il se moquait de moi) ; je le regardai, et il me dit «Amusons-nous, faisons un jeu». Je ne lui répondis rien, car j'étais si ignorante, que je ne comprenais rien au jeu avec une autre personne, ayant toujours été seule. Je m'amusais seule avec les fleurs, et Maximin, s'approchant tout à fait de moi, ne faisait que rire en me disant que les fleurs n'avaient pas d'oreilles pour m'entendre, et que nous devions jouer ensemble. Mais je n'avais aucune inclination pour le jeu qu'il me disait de faire. Cependant, je me mis à lui parler, et il me dit que les dix jours qu'il devait passer avec son maître allaient bientôt finir, et qu'ensuite il s'en irait à Corps chez son père, etc.

Tandis qu'il me parlait, la cloche de La Salette se fit entendre, c'était l'Angélus ; je fis signe à Maximin d'élever son âme à Dieu. Il se découvrit la tête et garda un moment le silence. Ensuite, je lui dis : «Veux-tu dîner ? - Oui, me dit-il. Allons.» Nous nous assîmes ; je sortis de mon sac les provisions que m'avaient données mes maîtres, et, selon mon habitude, avant d'entamer mon petit pain rond, avec la pointe de mon couteau je fis une croix sur mon pain, et au milieu un tout petit trou, en disant : «Si le diable y est, qu'il en sorte, et si le bon Dieu y est, qu'il y reste» et vite, vite je recouvris le petit trou. Maximin partit d'un grand éclat de rire, et donna un coup de pied à mon pain, qui s'échappa de mes mains, roula jusqu'au bas de la montagne et se perdit.

J'avais un autre morceau de pain, nous le mangeâmes ensemble ; ensuite nous fîmes un jeu ; puis comprenant que Maximin devait avoir besoin de manger, je lui indiquai un endroit de la montagne couvert de petits fruits. Je l'engageai à aller en manger, ce qu'il fit aussitôt ; il en mangea et en rapporta plein son chapeau. Le soir nous descendîmes ensemble de la montagne, et nous nous promîmes de revenir garder nos vaches ensemble.

Le lendemain 19 septembre, je me retrouve en chemin avec Maximin ; nous gravissons ensemble la montagne. Je trouvais que Maximin était très bon, très simple, et que volontiers il parlait de ce dont je voulais parler ; il était aussi très souple, ne tenant pas à son sentiment ; il était seulement un peu curieux, car quand je m'éloignais de lui, dès qu'il me voyait arrêtée, il accourait vite pour voir ce que je faisais, et entendre ce que je disais avec les fleurs du bon Dieu ; et s'il n'arrivait pas à temps, il me demandait ce que j'avais dit. Maximin me dit de lui apprendre un jeu. La matinée était déjà avancée ; je lui dis de ramasser des fleurs pour faire le «Paradis».

Nous nous mîmes tous les deux à l'ouvrage ; nous eûmes bientôt une quantité de fleurs de diverses couleurs. L'Angélus du village se fît entendre, car le ciel était beau, il n'y avait pas de nuages. Après avoir dit au bon Dieu ce que nous savions, je dis à Maximin que nous devions conduire nos vaches sur un petit plateau près du petit ravin, où il y aurait des pierres pour bâtir le «Paradis». Nous conduisîmes nos vaches au lieu désigné, et ensuite nous prîmes notre petit repas ; puis, nous nous mîmes à porter des pierres et à construire notre petite maison, qui consistait en un rez-de-chaussée, qui soi-disant était notre habitation, puis un étage au-dessus qui était selon nous le «Paradis».

Cet étage était tout garni de fleurs de différentes couleurs, avec des couronnes suspendues par des tiges de fleurs. Ce «Paradis» était couvert par une seule et large pierre, que nous avions recouverte de fleurs ; nous avions aussi suspendu des couronnes tout autour. Le «Paradis» terminé, nous le regardions ; le sommeil nous vint ; nous nous éloignâmes de là à environ deux pas, et nous nous endormîmes sur le gazon.

M'étant réveillée, et ne voyant pas nos vaches, j'appelai Maximin et je gravis le petit monticule. De là, ayant vu que nos vaches étaient couchées tranquillement, je redescendais et Maximin montait, quand tout à coup je vis une belle lumière, plus brillante que le soleil, et à peine ai-je pu dire ces paroles : «Maximin, vois-tu, là-bas ? Ah ! mon Dieu !» En même temps je laisse tomber le bâton que j'avais en main. Je ne sais ce qui se passait en moi de délicieux dans ce moment, mais je me sentais attirée, je me sentais un grand respect plein d'amour, et mon cœur aurait voulu courir plus vite que moi.

Je regardais bien fortement cette lumière qui était immobile, et comme si elle se fût ouverte, j'aperçus une autre lumière bien plus brillante et qui était en mouvement, et dans cette lumière une très belle Dame assise sur notre «Paradis», ayant la tête dans ses mains. Cette belle Dame s'est levée, elle a croisé médiocrement ses bras en nous regardant et nous a dit :

«Avancez, mes enfants, n'ayez pas peur ; je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle !»

Ces douces et suaves paroles me firent voler jusqu'à elle, et mon cœur aurait voulu se coller à elle pour toujours. Arrivée bien près de la belle Dame, devant elle, à sa droite, elle commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de ses beaux yeux.

«Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si lourde et si pesante, que je ne puis plus la retenir.

«Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Et pour vous autres, vous n'en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j'ai prise pour vous autres.

«Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l'accorder. C'est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils.

«Ceux qui conduisent les charrettes, ne savent pas parler sans y mettre le Nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils.

«Si la récolte se gâte, ce n'est qu'à cause de vous autres.

«Je vous l'ai fait voir l'année passée par les pommes de terre ; vous n'en avez pas fait cas ; c'est au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous mettiez le Nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, à la Noël il n'y en aura plus.»

Ici je cherchais à interpréter la parole : pommes de terre ; je croyais comprendre que cela signifiait pommes. La belle et bonne Dame, devinant ma pensée, reprit ainsi :

«Vous ne comprenez pas, mes enfants ? - Je vais vous le dire autrement.»

La traduction en français est celle-ci :

«Si la récolte se gâte, ce n'est rien que pour vous autres ; je vous l'ai fait voir l'année passée par les pommes de terre, et vous n'en avez pas fait cas ; c'était au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous mettiez le Nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, et à la Noël il n'y en aura plus.

«Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer.

«Tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront ; et ce qui viendra, tombera tout en poussière quand vous le battrez. Il viendra une grande famine. Avant que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront ; les autres feront pénitence par la faim. Les noix deviendront mauvaises ; les raisins pourriront.»

Ici la belle Dame qui me ravissait, resta un moment sans se faire entendre ; je voyais cependant qu'elle continuait, comme si elle parlait, de remuer gracieusement ses aimables lèvres, Maximin recevait alors son secret. Puis, s'adressant à moi, la Très Sainte Vierge me parla et me donna un secret en français. Ce secret, le voici tout entier, et tel qu'elle me l'a donné :

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Le Secret

«Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant, ne sera pas toujours secret : vous pourrez le publier en 1858.

«Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l'amour de l'argent, l'amour de l'honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d'impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes. Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu lesquelles, par leurs infidélités et leur mauvaise vie crucifient de nouveau mon Fils ! Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent la vengeance et voilà la vengeance est à leurs portes, car il ne se trouve plus personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple ; il n'y a plus d'âmes généreuses, il n'y a plus personne digne d'offrir la Victime sans tache à l'Éternel en faveur du monde.

«Dieu va frapper d'une manière sans exemple.

«Malheur aux habitants de la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et personne ne pourra se soustraire à tant de maux réunis.

«Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leurs intelligences ; ils sont devenus ces étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr.

«Dieu permettra au vieux serpent de mettre des divisions parmi les régnants, dans toutes les sociétés et dans toutes les familles ; on souffrira des peines physiques et morales ; Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes, et enverra des châtiments qui se succéderont pendant plus de trente-cinq ans.

«La société est à la veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événements ; on doit s'attendre à être gouverné par une verge de fer et à boire le calice de la colère de Dieu.

«Que le Vicaire de mon Fils, le Souverain Pontife Pie IX, ne sorte plus de Rome après l'année 1859 ; mais qu'il soit ferme et généreux, qu'il combatte avec les armes de la foi et de l'amour ; je serai avec lui.

«Qu'il se méfie de Napoléon ; son cœur est double, et quand il voudra être à la fois Pape et empereur, bientôt Dieu se retirera de lui : il est cet aigle, qui voulant toujours s'élever, tombera sur l'épée dont il voulait se servir pour obliger les peuples à se faire élever.

«L'Italie sera punie de son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs ; aussi elle sera livrée à la guerre ; le sang coulera de tous côtés : les Églises seront fermées ou profanées ; les prêtres, les religieux seront chassés ; on les fera mourir, et mourir d'une mort cruelle. Plusieurs abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand : parmi ces personnes il se trouvera même des Évêques.

«Que le Pape se tienne en garde contre les faiseurs de miracles, car le temps est venu que les prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.

«En l'année 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de l'enfer : ils aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à Dieu : ils les aveugleront d'une telle manière, qu'à moins d'une grâce particulière ces personnes prendront l'esprit de ces mauvais anges : plusieurs maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d'âmes.

«Les mauvais livres abonderont sur la terre, et les esprits de ténèbres répandront partout un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu ; ils auront un très grand pouvoir sur la nature : il y aura des Églises pour servir ces esprits.

«Des personnes seront transportées d'un lieu à un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres, parce qu'ils ne seront pas conduits par le bon esprit de l'Évangile, qui est un esprit d'humilité, de charité et de zèle pour la gloire de Dieu. On fera ressusciter des morts et des justes» (c'est-à-dire que ces morts prendront la figure des âmes justes qui avaient vécu sur la terre, afin de mieux séduire les hommes ; ces soi-disant morts ressuscites, qui ne seront autre chose que le démon sous ces figures, prêcheront un autre Évangile contraire à celui du vrai Christ Jésus, niant l'existence du ciel, soit encore les âmes des damnés. Toutes ces âmes paraîtront comme unies à leurs corps).

«Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi s'est éteinte et que la fausse lumière éclaire le monde. Malheur aux princes de l'Église qui ne seront occupés qu'à entasser richesses sur richesses, qu'à sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil !

«Le Vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir, parce que pour un temps l'Église sera livrée à des grandes persécutions : ce sera le temps des ténèbres ; l'Église aura une crise affreuse.

«La sainte foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques, tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds ; on ne verra qu'homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde, sans amour pour la patrie ni pour la famille.

«Le Saint-Père souffrira beaucoup. Je serai avec lui jusqu'à la fin pour recevoir son sacrifice.

«Les méchants attenteront plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours ; mais ni lui, ni son successeur..., ne verront le triomphe de l'Église de Dieu.

«Les gouvernants civils auront tous un même dessein, qui sera d'abolir et de faire disparaître tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l'athéisme, au spiritisme et à toutes sortes de vices.

«Dans l'année 1865, on verra l'abomination dans les lieux saints ; dans les couvents, les fleurs de l'Église seront putréfiées et le démon se rendra comme le roi des cœurs. Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu'ils doivent recevoir parce que le démon usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l'amour des plaisirs charnels seront répandus par toute la terre.

«La France, l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre seront en guerre ; le sang coulera dans les rues ; le Français se battra avec le Français, l'Italien avec l'Italien ; ensuite il y aura une guerre générale qui sera épouvantable. Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l'Italie, parce que l'Évangile de Jésus-Christ n'est plus connu. Les méchants déploieront toute leur malice ; on se tuera, on se massacrera mutuellement jusque dans les maisons.

«Au premier coup de son épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront d'épouvanté, parce que les désordres et les crimes des hommes percent la voûte des cieux.

«Paris sera brûlé et Marseille englouti ; plusieurs grandes villes seront ébranlées et englouties par des tremblements de terre : on croira que tout est perdu ; on ne verra qu'homicides, on n'entendra que bruits d'armes et que blasphèmes. Les justes souffriront beaucoup ; leurs prières, leur pénitence et leurs larmes monteront jusqu'au ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession.

«Alors Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa grande miséricorde pour les justes, commandera à ses anges que tous ses ennemis soient mis à mort. Tout à coup les persécuteurs de l'Église de Jésus-Christ et tous les hommes adonnés au péché périront, et la terre deviendra comme un désert.

«Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes ; Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié ; la charité fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras droit de la sainte Église, qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des vertus de Jésus-Christ. L'Évangile sera prêché partout, et les hommes feront de grands progrès dans la foi, parce qu'il y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ, et que les hommes vivront dans la crainte de Dieu.

«Cette paix parmi les hommes ne sera pas longue : vingt-cinq ans d'abondantes récoltes leur feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur la terre.

«Un avant-coureur de l'Antéchrist, avec ses troupes de plusieurs nations, combattra contre le vrai Christ, le seul Sauveur du monde ; il répandra beaucoup de sang, et voudra anéantir le culte de Dieu pour se faire regarder comme un Dieu.

«La terre sera frappée de toutes sortes de plaies (outre la peste et la famine qui seront générales) ; il y aura des guerres jusqu'à la dernière guerre, qui sera alors faite par les dix rois de l'Antéchrist, lesquels rois auront tous un même dessein et seront les seuls qui gouverneront le monde.

«Avant que ceci arrive, il y aura une espèce de fausse paix dans le monde ; on ne pensera qu'à se divertir ; les méchants se livreront à toutes sortes de péchés ; mais les enfants de la sainte Église, les enfants de la foi, mes vrais imitateurs, croîtront dans l'amour de Dieu et dans les vertus qui me sont les plus chères. Heureuses les âmes humbles conduites par l'Esprit-Saint ! Je combattrai avec elles jusqu'à ce qu'elles arrivent à la plénitude de l'âge.

«La nature demande vengeance pour les hommes, et elle frémit d'épouvanté dans l'attente de ce qui doit arriver à la terre souillée de crimes.

«Tremblez, terre, et vous qui faites profession de servir Jésus-Christ et qui au-dedans vous adorez vous-mêmes, tremblez ; car Dieu va vous livrer à son ennemi, parce que les lieux saints sont dans la corruption ; beaucoup de couvents ne sont plus les maisons de Dieu, mais les pâturages d'Asmodée et des siens.

«Ce sera pendant ce temps que naîtra l'Antéchrist, d'une religieuse hébraïque, d'une fausse vierge qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l'impureté ; son père sera Évêque. ; en naissant, il vomira des blasphèmes, il aura des dents ; en un mot ce sera le diable incarné ; il poussera des cris effrayants, il fera des prodiges, il ne se nourrira que d'impuretés.

«Il aura des frères qui, quoiqu'ils ne soient pas comme lui des démons incarnés, seront des enfants de mal ; à douze ans, ils se feront remarquer par leurs vaillantes victoires qu'ils remporteront ; bientôt, ils seront chacun à la tête des armées, assistés par des légions de l'enfer.

«Les saisons seront changées, la terre ne produira que de mauvais fruits, les astres perdront leurs mouvements réguliers, la lune ne reflétera qu'une faible lumière rougeâtre ; l'eau et le feu donneront au globe de la terre des mouvements convulsifs et d'horribles tremblements de terre, qui feront engloutir des montagnes, des villes (etc.).

«Rome perdra la foi et deviendra le siège de l'Antéchrist.

«Les démons de l'air avec l'Antéchrist feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs, et les hommes se pervertiront de plus en plus. Dieu aura soin de ses fidèles serviteurs et des hommes de bonne volonté ; l'Évangile sera prêché partout, tous les peuples et toutes les nations auront connaissance de la vérité !

«J'adresse un pressant appel à la terre : j'appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les cieux ; j'appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai Sauveur des hommes ; j'appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit.

«Enfin j'appelle les apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d'eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l'humilité, dans le mépris et dans le silence, dans l'oraison et dans la mortification, dans la chasteté et dans l'union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu'ils sortent et viennent éclairer la terre.

«Allez, et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheur. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et l'honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez ; car voici le temps des temps, la fin des fins.

«L'Église sera éclipsée, le monde sera dans la consternation.

«Mais voilà Énoch et Élie remplis de l'Esprit de Dieu ; ils prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes de bonne volonté croiront en Dieu, et beaucoup d'âmes seront consolées ; ils feront de grands progrès par la vertu du Saint-Esprit et condamneront les erreurs diaboliques de l'Antéchrist.

«Malheur aux habitants de la terre ! Il y aura des guerres sanglantes et des famines ; des pestes et des maladies contagieuses ; il y aura des pluies d'une grêle effroyable d'animaux ; des tonnerres qui ébranleront des villes ; des tremblements de terre qui engloutiront des pays ; on entendra des voix dans les airs ; les hommes se battront la tête contre les murailles ; ils appelleront la mort, et d'un autre côté la mort fera leur supplice ; le sang coulera de tous côtés. Qui pourra vaincre, si Dieu ne diminue pas le temps de l'épreuve ?

«Par le sang, les larmes et les prières des justes, Dieu se laissera fléchir ; Énoch et Élie seront mis à mort ; Rome païenne disparaîtra ; le feu du ciel tombera et consumera trois villes ; tout l'univers sera frappé de terreur, et beaucoup se laisseront séduire parce qu'ils n'ont pas adoré le vrai Christ vivant parmi eux. Il est temps ; le soleil s'obscurcit ; la foi seule vivra.

«Voici le temps ; l'abîme s'ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres. Voici la bête avec ses sujets, se disant le «Sauveur» du monde. Il s'élèvera avec orgueil dans les airs pour aller jusqu'au ciel ; il sera étouffé par le souffle de saint Michel archange. Il tombera, et la terre, qui depuis trois jours sera en de continuelles évolutions, ouvrira son sein plein de feu ; il sera plongé pour jamais avec tous les siens dans les gouffres éternels de l'enfer.

«Alors l'eau et le feu purifieront la terre et consumeront toutes les œuvres de l'orgueil des hommes, et tout sera renouvelé : Dieu sera servi et glorifié.»

Ainsi se termine le fameux «Secret de La Salette», texte prodigieux que l'on ne se lasse jamais de relire et dans lequel on trouve toujours de nouvelles explications sur ce qui se passe ou se prépare.

Mais Mélanie Calvat a aussi laissé trois documents directement issus des révélations qu'elle a reçues. Ces trois documents sont : La règle, la vue et le portrait. Ne pouvant les reproduire ici, nous en donnerons seulement une courte définition.

- La règle de «l'ordre de la Mère de Dieu», appelé encore «Les Apôtres des derniers temps». Cette règle a été imprimée et diffusée par Dom Denis Huerre, abbé de La Pierre-qui-Vire, le 22 août 1952. On la trouve également dans les ouvrages spécialisés sur La Salette.

- La vue, c'est-à-dire la vision prophétique des apôtres des derniers temps dans leurs travaux apostoliques universels.

- Le portrait de la Sainte Vierge par Mélanie Calvat qui la décrit telle qu'elle a pu l'observer au cours de l'apparition. Il est rare de pouvoir lire une description aussi claire et aussi détaillée.

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Mélanie Calvat

Mélanie Calvat est la bergère de La Salette à laquelle la Sainte Vierge est apparue, le 19 septembre 1846. Le texte du message qu'elle a reçu est, sans contestation possible d'origine divine. Par la suite, Mélanie Calvat n'a jamais cessé d'avoir des communications divines, dont elle ne parlait pas explicitement mais dont elle tenait compte dans ses conversations et dans sa correspondance. Aussi pouvons-nous citer, comme appartenant au moins indirectement à la révélation privée, quelques passages de ses lettres particulièrement ceux qui présentent un caractère prophétique.

L'abbé Combe, curé de Diou dans l’Allier, qui pendant une certaine période la visitait tous les jours, s'exprime aussi dans son Journal au sujet des modalités de ses visions :

La plupart de ses visions ne sont pas physiques, mais intellectuelles. Depuis plus d'un an qu'elle est ici, elle n'a eu la vision physique de Notre-Seigneur ou de la Sainte Vierge qu'une quinzaine de fois. Ses visions intellectuelles sont très fréquentes, plus que quotidiennes. Elles sont soudaines et de peu de durée : une, deux minutes au plus.

Voici maintenant ce qu'elle m'a lâché par surprise : elle a toujours la vision de la lumière de la présence de Dieu depuis qu'elle l'eût, pour la première fois, étant toute petite. C'est la «Vue de Dieu» qui est lumière dans sa propre lumière.

En plus de cette lumière permanente, Mélanie Calvat bénéficiait de la présence constante, à ses côtés, de Jésus-Enfant qui l'instruisait de tout et sans l'aide duquel elle ne savait rien faire, disait-elle. Cette lumière et cette présence l'informaient de l'état surnaturel de la France et de l'Église.

La France, autrefois catholique, s'est choisie toutes les immondices de l'enfer pour les mettre à la tête de la nation : francs-maçons, carbonaro, juifs, protestants, socialistes, anarchistes, etc.

(Lettre à l'abbé Roubaud, 27 mars 1894)

II me semble que la France française ne se doute pas de ce que lui préparent dans l'ombre ses plus fiers ennemis, qui désirent son anéantissement et y travaillent sans cesse, tant que Dieu le leur permet. Pauvre France endormie. Elle ne se réveillera que quand elle sera sous le pressoir de la colère de la divine justice.

(Lettre au chanoine de Brandi, 27 juillet 1899)

Notre gouvernement franc-maçon est l'envoyé de Dieu pour nous punir, nous faire faire pénitence, nous faire rentrer dans la vraie voie de la justice, nous faire tomber à genoux avec un cœur contrit et humilié devant le Très-Haut. De même que le mauvais gouvernement est l'envoyé de Dieu, le sont aussi les nombreuses maladies, la peste, le choléra, les tempêtes, les inondations, la foudre, la grêle... etc. Rien ne vient par hasard.

(Lettre au ch. de Brandi, 20 avril 1900)

Un franc-maçon me disait un jour : quel intérêt a le démon (puisque vous appelez démon «l'esprit» qui me révèle si exactement tout ce qui m'arrive) quel intérêt a-t-il ? — II a l'intérêt, lui ai-je répondu, de vous faire perdre la tête quand il sera sûr d'être votre maître absolu. Et déjà vous êtes assez «siens», puisque vous lui obéissez si bien en tout. Il vous conduit par la main là où il veut que vous alliez. Ainsi vous n'êtes tous que les très humbles bouffons du diable ; et on a bien raison de vous bander les yeux quand on vous reçoit dans vos loges infernales : il n'y a que les aveugles qui peuvent s'associer à vous...»

(Lettre au ch. de Brandi, 23 février 1884)

Notre douce Mère Marie avait bien raison de pleurer, en voyant les plus chers de ses enfants adorer de nouveau le veau d'or et revenir au temps du paganisme. Que Dieu ait pitié de nous.

(Lettre au ch. de Brandt, 13 août 1891)

La France pourrait bien redevenir païenne : elle prend ce chemin. Le clergé s'émancipe et les ordres religieux font de même. On ne réfléchit plus, on ne se sert même plus de la raison, la raison logique. La foi s'est endormie dans les âmes et la charité est morte.

(Lettre à l'abbé Combe, 20 février 1897)

Mais hélas ! Nous avons fermé les yeux à la lumière de la grâce ; nous avons secoué le doux joug de notre Créateur, de celui qui gouverne l'univers, du Maître de la Paix, pour vivre au gré de nos caprices. Et tout en vou­lant ne plus être assujettis à Dieu ni à aucun supérieur, nous sommes devenus les serviteurs du maître de la rébel­lion, du premier révolutionnaire, du premier qui se révol­ta contre Dieu : Lucifer, voilà celui qui maintenant gou­verne l'Europe, mais la France et l'Italie en particulier, parce qu'elles ont plus reçu de grâces. La pauvre France ne pense qu'à faire des folies, qu'à bien se divertir en toutes manières. Pauvres aveugles ! Pauvres insensés !

(Lettre au ch. de Brandt, 8 juin 1889)

Mélanie Calvat se rend très exactement compte qu'il reste encore aux francs-maçons beaucoup de chemin à parcourir pour imposer leur religion à la France :

Je ne sais rien, mon Révérend Père, au sujet de cette guerre à mort qui se prépare, dit-on, entre la France maçonnique et la France chrétienne pour cette année 1898. En vérité, cela m'étonnerait, parce que le culte que les maçons rendent à leur dieu Lucifer, je ne pense pas qu'il soit passé et imposé à la France comme religion d'État.

(Lettre au ch. de Brandt, 17 janvier 1898)

Si Mélanie Calvat ne craint pas de qualifier les francs-maçons de «lucifériens», c'est qu'instruite par la lumière divine qui l'accompagne, elle va au fond des choses. Certes la plupart des maçons ne savent pas reconnaître leur véritable appartenance parce qu'ils sont les premier s aveuglés.

Les lucifériens sont comme le maître qu'ils servent : traîtres, vindicatifs, jaloux, ambitieux, vaniteux, farouches et cruels ; que peut-on attendre de bon des disciples de Satan, le premier révolté ?... Et dire que notre France, qui n'a pas cru aux miséricordieux avertissements de la meilleure des Mères, et à l'annonce de l'infâme secte luciférienne, s'est presque toute jetée dans les bras de cette épouvantable secte, pour rendre ses adorations au chef de l'enfer !... Pouvons-nous croire que Dieu ne vengera pas sa Gloire et tous ses droits outragés par les nations autrefois si privilégiées ? Il les vengera. Que Marie, Mère du bel amour, nous protège et veille sur les âmes à Elle consacrées et fidèles.

(Lettre au ch. de Brandt, 18 juillet 1898)

Mélanie Calvat rejoint les plus fins analystes de l'histoire contemporaine quand elle constate que toute cette contamination luciférienne s'opère, somme toute, paisiblement, dans l'acceptation et la connivence universelle.

En vérité, les catholiques, sans parler des autres, aident merveilleusement à composer, à préparer le règne de l'Antéchrist. Les lucifériens n'ont pas à combattre beau­coup pour former ce régiment d'endémoniés : tout ce mal se fait paisiblement... Voir les foules se jeter dans la gueule de Satan, c'est à faire trembler, mourir de douleur.

(Lettre au ch. de Brandt, 5 janvier 1895)

Et cette universelle maladie de l'aveuglement personne ne s'en plaint ; et c'est encore pire pour le malade de ne pas sentir son mal, mal qui le ronge et le dévore. Pauvre France ! Elle si orgueilleuse, n'est même plus en état de reconnaître son malheureux et méprisable état.

(Suite de la précédente)

Eh ! Attendons encore un peu, et nous verrons les Églises cédées, données aux loges lucifériennes. Attendons que les Juifs francs-maçons soient entièrement les maîtres chez nous, et nous en verrons de belles !

(Lettre au ch. de Brandi, 22 avril 1895)

Mélanie Calvat suggère que le prince de ce monde, dans son gouvernement, s'est associé trois principaux ministres :

Lucifer, Asmodée, Mammona et Belzébuth étendent leur règne sans trop de fatigues, les hommes obéissant promptement à leur vouloir.

(Lettre à l'abbé Le Baillif, 7 juillet 1876)

Dans toute sa correspondance, Mélanie est très sévère pour le clergé : elle lui reproche surtout son aveuglement. Et pourtant elle se faisait, de la fonction ecclésiastique, l'idée la plus haute.

Pauvres prêtres ! Je voudrais bien qu'ils comprissent leur sublime vocation et que le bon Dieu ne les mît pas entre les mains des méchants... J'aime tant les prêtres parce qu'ils sont les ministres de Notre-Seigneur, ses lieutenants sur la terre.

(Lettre à l'abbé Le Baillif, 15 décembre 187)

Mélanie semble avoir prévu qu'il se produirait bientôt des «choses diaboliques» même dans les familles chrétiennes. Voici ce qu'elle en dit :

Le diable est menteur. Ce qu'il dit n'est pas à croire, parce que, s'il dit une vérité, elle est précédée et suivie de mensonges et enveloppée d'obscurité. Aujourd'hui même (1894), dans le monde, dans les familles (en apparence chrétiennes) il y a des choses surnaturelles-diaboliques : on traite cela de maladie, et peu à peu les prodiges du serpent s'introduisent sans bruit dans la société.

(Lettre à l'abbé Roubaud, 9 septembre 1894)

II est certain que Notre-Dame de La Salette est venue principalement pour faire des remontrances au clergé. Ces remontrances, Mélanie les lui a répercutées pendant toute sa vie. Aussi était-elle très mal vue dans le monde ecclésiastique :

Vraies et très vraies ces paroles du prophète : les sentinelles du Sanctuaire sont passées au camp de l'ennemi... On a méprisé le surnaturel divin, on sera pris au filet du surnaturel diabolique... Soutiendra-t-on que la très Sainte Vierge est apparue en France pour se plaindre du clergé des autres contrées et non de celui de la France, sous prétexte qu'il est qualifié de «miroir du clergé» ? Et n'est-ce pas plutôt parce que ce miroir s'était par trop terni, que notre douce Mère, en larmes, est venue gémir sur les prévarications de ce clergé miroir ? Mais j'irais loin là-dessus : je m'arrête. Que Dieu nous éclaire !

Papier trouvé dans la chambre de M. Calvat, à Diou, Allier ; sans date)

...Il y aura une grosse purge ; le Sacré-Collège est composé de membres pourris, des Judas, des fourbes et des accapareurs : tous ces corrompus et corrupteurs sévèrement seront punis et devront disparaître.

(Lettre au chanoine de Brandi, 19 octobre 1896)

...Mais avant ce temps [des tribulations dernières] il y aura deux fois une paix de peu de durée, deux Papes vermoulus, plats, douteux.

(Lettre datée de Galatina, Italie, 30 septembre 1894)

Cette idée de «Papes douteux», Mélanie ne l'a certainement pas imaginée par elle-même. Elle ne peut la devoir qu'à l'une de ces intuitions intellectuelles si fréquentes dont nous a parlé l'abbé Combe.

Oh ! Aveuglement causé par nos nombreuses infidélités et notre attachement aux divers bien-être de la vie ! Non, non, nous ne sommes pas à la hauteur de notre noble et sublime vocation. Dieu obscurcira leurs intelligences.

(Lettre sans date et sans destinataire)

On a méprisé le surnaturel divin, on sera pris aux filets du surnaturel diabolique. Vae vobis, quia non fecit taliter omni nationi ! Malheur à vous, Français, car Dieu n'a favorisé aucune nation comme la vôtre ! Quelle autre nation, en effet, a été nommée le royaume de Marie, le royaume du Sacré-Cœur de Jésus, le pays choisi de Dieu pour accomplir ses œuvres. Gesta Dei per Francos.

(Papier trouvé dans la chambre de Mélanie à Diou, Allier.)

La volonté de Dieu n'est pas de châtier mais d'épargner :

Si le bon Dieu ne voulait pas épargner son peuple, il ne l'aurait pas averti.

(Lettre au ch. de Brandt, 6 juin 1879)

Des châtiments modérés ne seraient plus compris ; ils ne guériraient pas le mal profond de la société chrétienne ; il faudra des épreuves très sévères :

En vérité la société est bien malade, et pour la guérir il lui faut une médecine très forte, très amère.

(Lettre au ch. de Brandt, 24 août 1884)

Elle a vu plusieurs types d'épreuves :

...On ne s'imagine pas la manière dont Dieu exterminera les hommes. On pense à une guerre, des guerres entre nations, à des guerres civiles, à la persécution contre l'Eglise, à des pestes, des ouragans, des tremblements de terre... etc. Mais moi, je ne trouve pas cela aussi effrayant que lorsque Dieu lui-même, par sa toute puissance et d'une manière qu'on ne connaît pas, exterminera les hommes déjà ivres de sang !

(Lettre au ch. de Brandt, 9 mai 1880)

Pour l'ordinaire oui, le bon Dieu se sert des hommes comme instrument, pour relever la société, lorsque dans cette société il y a une certaine crainte de Dieu, du respect pour l'autorité, et pour les autorités une certaine souplesse à se soumettre. Mais aujourd'hui que l'orgueil et l'esprit d'indépendance sont arrivés aux nues, aucun homme ne pourra jamais dompter la rébellion effrénée des sociétés. Il nous faut la verge de fer dans la main de la justice divine.

(Lettre au ch. de Brandi, 23 juin 1885)

Comme beaucoup de mystiques, Mélanie a vu, dans la crise, un moment paroxystique qui fera penser à la fin du monde :

La vénérable Mère Chapuis ne se trompe pas : oui, notre divin Maître sauvera le monde, mais combien de fléaux se succéderont les uns aux autres vont châtier la France et l'Europe ! Combien de meurtres, d'assassinats et combien de sang versé ! On ne peut pas s'imaginer le cataclysme prochain et les horreurs : il semblera que c'est la fin du monde...

(Lettre au ch. de Brandt, 19 juillet 1900)

En même temps qu'elle décrit, en termes violents, les calamités à venir, Mélanie Calvat attire l'attention sur la nécessité de la confiance :

II faut se confier au bon Dieu, qui saura, même au milieu du feu, préserver les siens.

(Lettre au ch. de Brandt, 14 décembre 1880)

Oui, certainement, qu'après une guerre il y aura une paix de vingt-cinq ans ; il y aura alors un roi sur le trône de France ; que de choses se seront passées !

Selon mon petit jugement, après le comte de Chambord, le trône de France reviendra, héréditairement, au duc de Parme ; comme aussi selon la loi salique... Mais Dieu fera-t-il monter sur le trône de France l'actuel duc de Parme ? C'est un secret qui reste dans la nuit pour le moment ; parce que notre France d'aujourd'hui n'est pas disposée à vouloir, selon le Très-Haut, un Roi Très Chrétien, et n'a pas le jugement sain pour le choisir. C'est Dieu seul qui le lui donnera en son temps. Nous n'avons qu'à prier et implorer de Dieu sa grande miséricorde.

Mélanie sait fort bien qu'un roi doit être donné à la France, mais comme toutes les vraies mystiques, elle insiste sur sa désignation providentielle :

Et Dieu nous donnera un roi et un roi auquel on ne pense pas ; et il nous le donnera après les fléaux petits et grands, après que le sang sera versé et il ne sera versé ni cette année, ni l'année prochaine, ni l'année d'après... Peut-être que je me trompe, mais pour moi, je croirais me défier de la bonté du bon Dieu envers nous, si je m'occupais du roi futur, surtout en ces temps-ci, où nous devrions, la face contre terre, prier, supplier le bon Dieu d'avoir pitié et miséricorde de nous.

(Lettre au ch. de Brandt)

Dans ce moment, la France ne veut pas de roi ; et quand le moment sera venu, Dieu trouvera le roi à donner à la France humiliée jusqu'au centre de la terre.

(Lettre au ch. de Brandt, 29 janvier 1883)

Les passages prophétiques sont très nombreux dans la correspondance de Mélanie Calvat. Nous avons été obligés de nous limiter. D'autant plus que nous avons voulu y joindre quelques-unes des réflexions qu'elle fait sur la société catholique de son temps. On peut dire que, par elle, nous savons ce que Dieu pense de la France et de l'Église.

Une religieuse de Lyon (1847)

Le R.P. de Ravignan, quand il était en résidence à Lyon, allait souvent visiter un couvent de moniales dans lequel il rencontrait régulièrement une âme privilégiée. Elle lui confia quelques données prophétiques dont elle avait été gratifiée. Par la suite les données recueillies par le R.P. de Ravignan prirent place dans les Mémoires inédits d" un certain abbé Donat. On les rencontre dans le recueil d'Adrien Péladan : "Voies prophétiques", ainsi que dans celui de Novaye et Savigny où nous les avons puisées. En voici quelques extraits où nous retrouvons trois notions prophétiques essentielles : un «naufrage inévitable», dont «Dieu seul» peut nous sauver et qui est suivi d'un «Règne glorieux» :

La France va être précipitée du faîte de sa grandeur et foulée aux pieds. Oh ! que les temps que j'entrevois seront malheureux pour elle !

La société, semblable à un vaisseau, sera battue par les flots courroucés des mauvaises doctrines ; les fougueuses passions, les farouches instincts se déchaîneront contre elle et elle paraîtra, aux yeux de plusieurs, sur le point de faire un naufrage inévitable.

On ne pourra plus rien attendre des hommes.

Dieu seul pourrait la sauver : mais comment espérer de lui ce miracle de bonté et de miséricorde, puisque la justice arme sa main contre nous ?

Malheur aux riches ! C'est un vaste complot contre la propriété qui voudra nous envelopper comme un réseau.

De grands crimes seront commis et d'affreux malheurs répandront la désolation parmi les peuples de la terre.

L'Église souffrira d'assez grands maux : le torrent du mal voudra fondre sur elle. Cependant sa première irruption sera contre la fortune et la richesse.

De là, il viendra se heurter contre l'Église ; mais Dieu l'arrêtera et ne permettra pas que son Église soit submergée ; elle sera comme le granit contre lequel les flots de l'iniquité viendront se briser.

Ces temps seront désastreux mais courts ; car Dieu, à cause de ses élus, les abrégera. Tout au plus dureront-ils six mois.

Ils seront suivis d'un Règne glorieux où tout sera remis en place.

Les esprits reviendront au Seigneur et à la religion qu'ils avaient abandonnée. Ce sera vraiment le Règne de Dieu. Jamais la terre n'aura offert un aussi beau spectacle. Ces jours de bonheur, qui transporteront parmi les hommes en quelque sorte la félicité et le bonheur des cieux, nous ne les verrons pas, mon Père, ni vous, ni moi.

Vous ne serez même pas témoin des calamités qui doivent précéder cet âge d'or, car elles n'auront lieu qu'après notre mort.

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Le Père Clausi

Le Père Clausi est un moine italien de tordre des Minimes. Il est mort en 1849, dans une très grande sainteté, à Pado, en Italie. Il a laissé des prophéties dont nous avons quelques extraits.

Les choses arriveront au comble, mais quand la main de l'homme n'y pourra plus rien et que tout semblera perdu.

C'est alors que Dieu y mettra lui-même la main et arrangera toutes choses en un clin d'oeil, comme du matin au soir ; et les impies eux-mêmes devront confesser que tout cela s'est fait par la main de Dieu.

Il viendra un grand fléau ; il sera terrible et dirigé uniquement contre les impies ; ce sera un fléau tout nouveau, qui n'a encore jamais eu lieu. Ce fléau se fera sentir dans le monde entier et il sera si terrible que ceux qui lui survivront s'imagineront être les seuls épargnés. Et tous seront bons et repentants. Ce fléau sera instantané, de courte durée, mais terrible.

Bienheureux ceux qui vivront en ces jours fortunés, parce que ce sera vraiment le règne de la charité fraternelle.

Mais, avant que ces choses n'arrivent, le mal aura fait de tels progrès dans le monde qu'il semblera que les démons soient sortis de l'enfer, tant sera grande la persécution des méchants contre les justes, qui auront à souffrir un véritable martyre.

Gardez-vous bien de croire quiconque s'avisera de vous dire quel genre de fléau menace le monde, parce que ce sera une chose nouvelle que Dieu n'a révélée à personne, et dont il s'est à lui-même réservé le secret.

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