Extrait des Mémoires inédits de feu l'abbé Donat

Toulouse, le 28 juin 1847.

Depuis l'assassinat de Cécile Combette, le noviciat des frères a reçu la visite d'un inspecteur général. Le frère honoré de ce titre et de cette mission n'a pu s'arrêter que vingt-quatre heures à Toulouse. J'ai eu avec lui un long entretien. Il m'a raconté des choses très curieuses. Je commence par une prophétie qui fut dite, il n'y a pas longtemps, au R. P. de Ravignan. Je vais ici laisser parler le frère visiteur lui-même. Écoutez-le :

«Il y a environ dix jours que je me trouvais à Lyon. C'est là que j'ai entendu raconter le détail d'une prophétie dite au P. de Ravignan. J'en suis encore tout pénétré, et je dirai même tout ému. Comme je tiens à faire constater la vérité du récit par celui-là même qui l'a entendu directement de la bouche de la prophétesse, ne pouvant aller trouver moi-même le Père de Ravignan, à cause de mes nombreuses occupations et du peu de temps que j'ai à séjourner ici, faites-moi le plaisir d'écouter attentivement la révélation telle qu'on me l'a donnée, afin que vous puissiez la transmettre dans les mêmes termes au Père de Ravignan. J'attendrai jusqu'à demain matin la réponse qu'il daignera vous faire, avec les corrections qui lui auront paru nécessaires. Voici ce qu'on m'a raconté :

«Le Père de Ravignan, à une certaine époque, étant de résidence à Lyon, allait assez souvent et de préférence dans une maison religieuse ou plutôt dans un couvent de femmes. Là, il avait rencontré une de ces âmes privilégiées à qui Dieu accorde des faveurs particulières. Celle-ci avait le don surnaturel de prédire l'avenir. Le Père de Ravignan, ravi de trouver en elle cette simplicité qui est le cachet des âmes pures, l'amenait presque toujours au chapitre de ses visions et de ses intuitions surnaturelles. Le petit sourire avec lequel le jésuite accueillait parfois, surtout au commencement, la série des révélations que faisait la voyante, fut pris un jour pour un sourire d'incrédulité.

- Mon Père, lui dit alors la religieuse, peut-être ce que je vous dis ne vous inspire-t-il pas une grande confiance, et l'attribuez-vous à une imagination exaltée ? Si, dans votre sagesse, vous jugez qu'il vaut mieux pour moi que je garde le silence, je dois vous avouer sincèrement qu'il ne m'en coûtera point de me conformer à votre décision.

- Voilà, dit le Père de Ravignan, un sujet très ardu. On ne peut, en effet, l'aborder qu'avec de grandes précautions. Du reste, les prophéties se prouvent l’une par l'autre. Donnez-moi, si vous pouvez, l'annonce d'un événement que l'esprit humain ne puisse prévoir dans ses causes, et dont la réalisation prochaine soit une garantie des événements lointains que l’on prédit.

- Soit, répondit la voyante. Si cette preuve vous suffit, je puis vous la fournir à l'instant : Vous avez pris un engagement de plusieurs années pour donner, à Paris, les Conférences de Notre-Dame. Je vous déclare qu'il vous sera impossible d'aller jusqu'au bout. Une maladie qui surviendra, non seulement vous obligera d'interrompre vos conférences, mais même elle vous mettra dans la nécessité d'y renoncer à tout jamais.

- Me voilà nanti, dit le père jésuite ; allez plus loin, et déroulez-moi cet avenir que vous croyez voir sans nuages.

- Mon père, sur le point de vous dérouler l'horizon de l'avenir, je me sens attristée, troublée, abattue. Comment une faible créature comme moi pourrait-elle contempler le navrant et lamentable tableau qui s'offre à mes regards ?

Le père de Ravignan l'interrompit aussitôt :

- Ce que vous voyez et ce que vous allez me montrer, a qui faudra-t-il l'appliquer ?

- A la France, répondit-elle. Oui, à la France, notre patrie, qui va être précipitée du faite de sa grandeur et foulée aux pieds. Oh ! que les temps que j'entrevois seront malheureux pour elle ! La société, semblable à un vaisseau, sera battue par les flots courroucés des mauvaises doctrines ; les fougueuses passions, les farouches instincts se déchaîneront contre elle, et elle paraîtra, aux yeux de plusieurs, sur le point de faire un naufrage inévitable. On ne pourra plus rien attendre des hommes. Dieu seul pourrait la sauver ; mais comment espérer de lui ce miracle de bonté et de miséricorde, puisque la justice arme sa main contre nous ? Malheur aux riches ! c'est un vaste complot contre la propriété qui voudra nous envelopper comme un réseau. De grands crimes seront commis et d'affreux malheurs répandront la désolation parmi les peuples de la terre.

- L'Eglise, dit le Père de Ravignan, ne se ressentira-t-elle pas de cette secousse ? Ne sera-t-elle pas en butte aux coups des méchants ?

- Ah ! reprit en soupirant la prophétesse, elle ne sera pas épargnée ! Ses maux seront assez grands : le torrent du mal voudra fondre sur elle ; cependant la première irruption sera contre la fortune et la richesse. De là il viendra se heurter contre l'Eglise ; mais Dieu l'arrêtera et ne permettra pas que son Eglise soit submergée : elle sera comme le granit contre lequel les flots de l'iniquité viendront se briser. Ces temps seront désastreux mais courts, car Dieu, à cause de ses élus, les abrégera. Tout au plus dureront-ils six mois. Ils seront suivis d'un règne glorieux où tout sera remis à sa place. Les esprits reviendront au Seigneur et à la religion qu'ils avaient abandonnés. Ce sera vraiment le règne de Dieu. Jamais la terre n'aura offert un si beau spectacle. Ces jours de bonheur, qui transporteront parmi les hommes en quelque sorte la félicité et le bonheur des cieux, nous ne les verrons pas, mon père, ni vous, ni moi. Vous ne serez pas même témoin des calamités qui doivent précéder cet âge d'or, car elles n'auront lieu qu'après notre mort».

Lorsqu'il eut fini de parler, le Frère visiteur me réitéra la prière qu'il m'avait faite, d'aller soumettre ces détails au Père de Ravignan et de ne pas oublier d'en rapporter la réponse si ardemment désirée, si impatiemment attendue. Je me hâte donc d'arriver à la résidence des RR. PP. Jésuites, et en y entrant je me dirige vers la chambre du célèbre conférencier. Je frappe à la porte une fois, deux fois, trois fois. Pas de réponse. Certain alors qu'il était momentanément absent, je me promène dans le corridor, en attendant son arrivée. Tout à coup vint à passer le Père Ogerdias, qui était alors le Père Recteur de la résidence.

Dès qu'il m'aperçut : - Qui attendez-vous ? me dit-il. - On vient de me donner une commission pour le Père de Ravignan : il faut que je lui parle en personne. - Si cela est, reprit-il, il faut partir pour Paris. Ce n'est que là que vous pourrez lui parler.

A l'instant je prends mon parti, et je rends compte au Père Recteur de la commission, comme je l'aurais faite au Père de Ravignan lui-même. Il me prêta toute son attention, et lorsque son tour vint de parler :

- Dites de ma part au Frère visiteur que, moi personnellement, j'ai entendu plus d'une fois le Père de Ravignan raconter ce que vous venez de me dire. Le fondement est exact et les variantes sont peu importantes. Il peut y croire ; le Père de Ravignan ne dirait pas autrement Toutefois, si le Frère visiteur, pour plus de certitude, veut la réponse directe du Père, tenez, donnez-lui son adresse à Paris : qu'il lui écrive, et bientôt il saura a quoi s'en tenir.»

Le lendemain matin, je rapportai au Frère la réponse textuelle du Père Ogerdias. Le Frère, après m'avoir remercié, m'attesta qu'il acceptait l'affirmation du Père Recteur, et qu'elle avait à ses yeux le même crédit qu'aurait pu avoir la parole même du Père de Ravignan, et que par conséquent il n'écrirait pas à Paris.

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