CHAPITRE I

Le culte de «la Vierge qui doit enfanter»

prépare les âmes de nos pères à la vérité religieuse

«Ecce Virgo concipiet, et pariet Filium (Isaïe — VII, 14). Une Vierge concevra et enfantera un Fils, l’Emmanuel... Cette prophétie d’Isaïe était connue un peu partout dans le monde païen. Cela s’explique facilement par le fait que tous les peuples ont conservé, et se sont transmis verbalement, des échos de la tradition primitive, reçue de Dieu par nos Premiers Parents et par les Patriarches, et jamais complètement effacée par l’idolâtrie, et aussi, parce qu’après la dispersion des Juifs, leurs livres saints furent connus peu à peu, partout où ils allèrent. Mais, alors que la plupart du temps, les peuples méprisaient ces prophéties ou les traitaient de fictions poétiques, le Peuple Gaulois, lui, conservait cette antique tradition avec une foi et une piété profondes. La Providence permit, en effet, que les druides lui inculquassent ce culte ainsi que quelques autres croyances et rites qui devaient favoriser l’établissement du Christianisme en Gaule, tels que l’immortalité de l’âme ; son châtiment ou sa récompense dans l’autre vie suivant ses fautes ou ses mérites. Ils croyaient que le sacrifice humain était nécessaire pour racheter les crimes des hommes et apaiser la juste colère divine, et il y avait bien une part de vérité puisque l’humanité n’a été rachetée que par le Sang du Juste.

La polygamie était interdite et la fidélité conjugale était de règle. Enfin, leur rite obligeait les druides à cueillir le «selago», la plante sacrée, pieds nus, les mains lavées et après avoir sacrifié avec du pain et du vin — espèce de préfiguration du Sacrifice Eucharistique. Alors que, chez les Romains, le polythéisme dégradait les individus et que les divinités elles-mêmes protégeaient tous les vices et y incitaient parfois, le culte druidique — à côté d’erreurs grossières et cruelles — inspirait aux Gaulois de nobles passions et forgeait en eux un caractère ardent, généreux, et fidèle.

Le grand centre religieux de la Gaule était la forêt de Chartres.

«Or, précisément, la colline où a été depuis bâtie la cathédrale était alors un bois sacré : et au milieu de ce bois se trouvait une vaste grotte qu’éclairait à peine un jour sombre... Là, dit la tradition, en présence de toutes les notabilités de la nation convoquées, la centième année avant la naissance de Jésus-Christ, les druides élevèrent un autel à la Vierge qui devait lui donner le jour, gravèrent sur cet autel l’inscription devenue depuis si célèbre : VIRGINI PARITURAE, (à la Vierge qui doit enfanter) ; et Priscus, roi de Chartres, touché du discours prononcé en cette occasion par leur grand pontife, «plein de confiance en ses promesses, consacra solennellement, devant toute l’assemblée, son royaume à cette Reine future qui devait enfanter le Désiré des Nations. Les assistants, émus de telles paroles, se consacrèrent eux-mêmes à cette Vierge privilégiée ; dès lors, ils conçurent les sentiments de la plus tendre vénération...».

On a trouvé également des vestiges de ce culte de la Vierge qui devait enfanter le Sauveur du monde à Nogent-sous-Coucy, à Longpont et jusqu’à Lyon.

Il est en notre France une terre sacrée, «bénie par une prédestination qui se perd dans les secrets de l’éternité», où, bien avant Longpont, bien avant Chartres, la Vierge qui devait enfanter aurait fait éclater sa puissance : Paray-le-Monial, la terre d’élection du Sacré-Cœur.

Il semble que ce culte était en honneur à Longpont avant qu’il ne le fût à Chartres.

«Six cents ans après le déluge, si l’on en croit la Tradition, un formidable incendie, relaté d’ailleurs par Diodore de Sicile, ravagea l’Ibérie et la Celtique. Epouvantés, les populations du Val d’Or implorèrent, dit-on, la Vierge qui devait enfanter et promirent de lui élever «une pierre de témoignage». Le Val d’Or fut épargné et ce serait dans cette pierre de témoignage que, bien des siècles plus tard, l’image de Notre-Dame de Romay aurait été taillée».

«Toujours est-il que le culte de la Vierge Marie est né à Paray depuis des siècles et qu’autour de l’antique Madone, les miracles se sont multipliés : guérisons, résurrections des corps et des âmes. Les générations chrétiennes devaient… être conduites au Fils par la Mère ad Jesum per Mariam».

Ainsi, bien avant la naissance de Marie, notre terre de France était le centre d’un culte en son honneur et, par avance, lui était consacrée, comme si Dieu avait voulu choisir et préparer un Royaume privilégié ici-bas pour la Reine du Ciel.

Après la conquête romaine, l’Empereur Claude voulut supprimer le druidisme et imposer aux Gaulois les dieux romains. Ce fut une autre permission de la Providence afin de «favoriser sur leur territoire l’établissement d’une religion nouvelle qui, tout en s’harmonisant mieux sous certains rapports avec la leur, proscrivait absolument le polythéisme hybride de leurs maîtres».

Aussi, quand les premiers disciples du Christ arrivèrent en Gaule pour y porter la «bonne nouvelle», trouvèrent-ils les âmes toutes préparées pour recevoir la bonne semence. Il s’appuyèrent sur le culte de la VIRGINIS PARITURAE et annoncèrent qu’Elle vivait et avait mis au monde le Sauveur Christ qu’ils venaient prêcher.

«C’est Marie qui a présidé à l’éclosion de notre nationalité, disait le Cardinal Donnet. De même que par Elle, le Christ avait fait son entrée dans le monde, de même la religion du Christ pénétra par Elle dans notre pays».

La Vierge Marie dans l'histoire de France

24.50 € – 394 pages – Édition 1985

ISBN 978-2-919247-08-0

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